La veille

Tout a magnifiquement commencé la veille du marathon sous un soleil ardent avec une surprise concoctée par Boris et Kro : de superbes T-shirts "team les impalas". Le ton était donné. Avec les conditions VIP qui m'étaient offertes, ce marathon ne pouvait être qu'une réussite. J'en oublierai presque les pannes de chaudière et les douches froides d'avant course.

team les impalas
team les impalas

Une petite rencontre avec les filles de courir au féminin. L'occasion de revoir la famille Convert (presque) au grand complet, et de rencontrer Chlore, Bibiche et Brinouille, enfin. Depuis le temps qu'on joue à cache-cache toutes les deux. J'en suis toute émue.

Après cette douce parenthèse, les doutes reprennent. Que manger ? Quand ? Je me sens fatiguée, pas du tout prête à en découdre avec un marathon. J'ai mal à l'ischio. Bref, le grand classique d'avant marathon qui laisse présager une grande forme. Il suffit d'avoir confiance.

Toulouse, dimanche 24 octobre 8h

Ca fait longtemps que j'attends ce jour. Enfin, il est là. Comme prévu, il pleut. Drôle ça, non ? C'est quand on aimerait que les prévisions météo soient complètement fausses qu'elles sont justes ! Mais je m'en moque. Mon homme est à mes côtés dans tous les sens du terme. J'ai presque réussi à dormir au moins 4h. J'ai bien digéré (je ferai un billet spécial entraînement-logistique-alimentation). Et quand on commence à trottiner pour se rendre sur la ligne de départ, j'ai les jambes ultra légères. Je suis en forme, ça va passer.

Le départ

Sur le pont, dans mon sas préférentiel, je suis émue. Tendue juste comme il faut. Concentrée. 5 minutes de retard sont annoncées pour le départ. J'ai un peu froid. Quand est-ce qu'on court ???

PAN, les lions sont enfin lâchés. Les coureurs autour de nous partent à toute allure. Ne pas se laisser emporter par la foule. Rester concentrée. On démarre par la descente du pont et je sens immédiatement mon quadriceps gauche qui se contracte. Il a peu apprécié d'attendre sous la pluie dans le froid. Le muscle est douloureux. Je n'ai jamais eu de problème aux quad. Panique à bord. Non, pas dès le départ. Pas ça. Pas aujourd'hui. Pas de crampe. Zvoupléééé !!! Méthode Coué : c'est pas grave, je peux quand même courir. Il suffira peut-être de le surveiller pour qu'il tienne ??

Le premier semi est un long fleuve tranquille

Au premier kilomètre, on est un peu en avance. Mais entre l'excitation du départ, la petite descente et les fous furieux qui partent à toutes jambes autour de moi, je ne m'en tire pas trop mal. Petit bémol : avec mes gants et mes doigts engourdis, je n'arrive pas à appuyer sur le bouton "split" de ma montre. Heureusement Kristof est là pour me rassurer sur les temps de passage. C'est la première fois que je courrais un marathon en aveugle complet. Je n'ai réussi à prendre aucun temps de passage.

5K

Km 5 en un peu moins de 22 minutes. Toujours un peu trop vite mais ça va. Kristof me rassure. Il assure comme un pro. Il ne connaît pas mon allure mais s'est calé sur ma foulée. Et ce n'est pas rien de le dire. Chlore et Ludovic sont là pour nous encourager et immortaliser cet instant magique d'harmonie entre nos deux courses

synchrones

synchrones

Je dois être franche avec vous, depuis que j'ai vu ces photos, je les regarde environ 200 fois par jour. Il s'en dégage une émotion très forte. Enfin, je trouve.

Les km passent et se ressemblent. Un parcours d'une monotonie sans nom. La pluie pour seul spectateur. Des passages avec ralentisseurs et virages serrés glissants et limite dangereux par temps de pluie. Mon quadriceps gauche est toujours contracté mais ne gêne pas ma foulée. Il m'empêche juste d'être complètement détendue. On arrive au semi en 1h32 et des brouettes. Tout va bien.

Kristof continue de jouer parfaitement son rôle. Il me porte aussi une petite bouteille d'eau-citron-miel. Je me rince la bouche de temps en temps. Sans grande conviction. Il pleut tellement !!

30 km

Voilà, on arrive au 30ème km. Comme prévu, Boris est là. Il m'encourage. Kristof me laisse finir seule. Il a parfaitement rempli son contrat en m'amenant au 30ème km en 2h12. Merci mon chéri. Tu as été formidable. Prends soin de toi. On se voit à l'arrivée. J'ai un tout petit peu ralenti ces derniers kilomètres. Mais je suis lancée. Il ne reste plus qu'à conclure.

Bon, ça c'est la théorie. En pratique, c'est moins simple. Fatalement. Je commence à avoir froid au ventre. Les jambes sont un peu raides. Et soyons honnête, le moral a pris un coup. Je m'étais bien installée dans mon rôle de VIP. Mais voilà, maintenant, il va falloir finir seule. Et là, tout de suite, je n'y crois plus trop. En plus le quartier qu'on traverse n'est franchement pas rieur. Comme d'habitude dans les moments difficiles, je coupe l'épreuve en morceaux pour la rendre plus abordable. Il faut tenir jusqu'au 35. Ensuite tu déroules et c'est bon.

Je ralentis. Je le sens mais je ne peux pas le mesurer car je n'arrive toujours pas à prendre les splits. Tenir jusqu'au 35. Je n'ai plus que ça en tête. Enfin, il arrive. Je crois que 5km n'ont jamais été aussi longs. J'essaye de regarder ma montre et je me fais une grosse frayeur. Je devais passer en 2h33-2h34 et il me semble voir 2h39 sur ma montre soit plus 5 minutes de retard sur le temps prévu. 5 minutes. CINQ minutes. En 5 km ???? Ce n'est pas possible. Je me raisonne. Enfin, j'essaye. Je décide d'ignorer ma montre. Je sors de ma poche un petit sachet de miel. Effet immédiat. Mon cerveau me remercie pour ce gain de lucidité.

Le tour du Delftse Hout

dernière ligne droite

Je reprends mes esprits. Il est impossible que j'aie pris autant de retard. Maintenant, tout ce qui me reste à faire c'est 7 petits kilomètres. Et des sorties de 7 km j'en ai fait un paquet dans ma prépa. C'est le tour du bois (le Delftse Hout) de mes séances de biquotidien. Je peux le faire. Par n'importe quel temps. Par n'importe quelle forme. Je le sais. Et à quoi bon regarder la montre et se faire du souci. Je n'ai qu'à courir à fond et je n'aurai aucun regret !!

Déjà, je me sens mieux. Je reprends confiance et je crois même regagner en vitesse. Il faut dire qu'autour du moi, c'est l'hécatombe et ceux qui courent encore n'avancent pas très vite. Je ramasse des brouettes de coureurs. Si pour moi c'est dur, pour d'autres, ça semble être vraiment la traversée du désert. Certains sont hallucinés de voir une fille les doubler. D'autres m'encouragent. Chacun son style. Moi je prends tout et j'avance. Je me paye même le luxe de doubler 3 filles. YESSS !! Ca fait du bien au moral. Je sais c'est mal de se réjouir du malheur des autres mais à ce moment-là, je me félicite vraiment d'avoir à peu près bien géré ma course. Encore un grand merci à mon chéri qui doit m'attendre sur la ligne d'arrivée. Cette pensée me fait sourire.

Coucou à la caméra

km 40. Pour la forme, je reprends un sachet de miel, histoire de finir lucide et concentrée. Et ça marche. Chlore et Ludo sont de nouveau au bord de la route. Je ne les vois pas mais les entends. Cours Kecily. Cours. Tu y es ! Je suis hyper concentrée et ça se voit sur les photos. Ce petit air bonne élève besogneuse c'est tellement moi.

km40 km40

L'arrivée

Ça commence à sentir sérieusement l'écurie. Je me vois déjà passer la ligne d'arrivée. Je sais que ma mère m'y attends. J'espère ne pas terminer trop en vrac pour me pas lui faire peur. Elle ne m'a jamais vu courir. Et avec cette pluie, je ressemble plus à un chien mouillé qu'à une belle gazelle.

Voilà, on approche du Capitole. Une immense émotion m'envahit. Sourire banane. Je n'ai encore aucune idée du chrono mais peu importe. J'ai bien couru aujourd'hui et c'est tout ce qui compte pour le moment. J'entends l'animateur donner mon numéro de dossard puis mon nom. Ohhh, que c'est bon. Kristof, tu l'entends toi aussi ? J'arrive mon chéri.

Capitole Capitole Capitole Capitole

Je franchis la ligne d'arrivée et ce que je vois en premier c'est mon homme avec un sourire jusqu'aux oreilles. Lui qui est si réservé d'habitude, exulte. La fierté du coach, l'émotion du mari. Il me félicite, me protège, me guide. C'est tellement fort. Un journaliste a la bonne idée d'immortaliser le moment où Kristof m'enveloppe de son bras protecteur juste sur la ligne d'arrivée. La détermination se lit encore dans mon regard. Je suis tellement émue que j'en oublie même d'arrêter mon chrono. Quand je regarde la montre, elle indique 3h08. J'en déduis que j'ai dû faire 3h07. Ravie. Contrat rempli. Je suis passée sous la barre des 3h10 et me suis approchée des 3h05. Exactement ce qui était prévu. Preuve en est que nos estimations étaient réalistes.

arrivée

Très vite, je retrouve ma maman qui n'en peut plus d'attendre pour me féliciter. Ses yeux brillent. Elle, si coquette, se moque de la pluie. Elle a vu sa fille sur l'écran géant. J'étais forcément la plus belle et la plus fraîche. Les autres étaient à l'agonie et moi je souriais. Maman, je suis tellement heureuse que tu aies pu voir cette arrivée. Tu comprends peut-être un peu plus pourquoi je fais ça.

Après la course

Après la course, je suis vite allée me mettre au chaud et prendre (enfin) une douche chaude bien méritée. Après-midi farniente et café avec mon équipe de choc. Petit podium pour ma 4ème place au scratch et première place sénior hors scratch. On retrouve par hasard Chlore, Ludo et Brinouille. J'apprends la triste nouvelle pour Brinouille. Elle tient le coup et fait bonne figure mais la déception est immense. Chlore me soulève dans ses bras. Whoa, qu'est-ce qu'elle est grande ! Et Ludo me montre ses photos. Superbes. Quel talent. Encore merci Ludo pour ses instants volés par ton appareil photo.

Voilà, c'est fini. 12 semaines de prépa. 12 semaines à penser course à pied. 12 semaines et 3h07 pour être précise. Je suis très satisfaite. J'ai l'impression d'avoir franchi un cap pendant ce plan marathon. Ma foulée a changé. Mon attitude a changé. Je pense avoir mieux compris comment m'entraîner à l'avenir. Que du positif ce marathon !!