Tout notre voyage était organisé et bouclé. Mais Kristof étant dans l'incapacité de voyager avec son plâtre, je suis partie seule. Sensation étrange. Je pars en vacances avec un nœud au ventre. Heureusement, les choses vont très vite s'arranger car je suis formidablement bien accueillie à Lech am Alberg, en Autriche, village étape de la transalpine run entre la première et la deuxième journées.

Me voilà donc à Lech am Alberg, par ce bel après-midi ensoleillé du samedi 5 septembre, m'apprêtant à assister à l'arrivée de la première étape de la transalpine run. Au fur et à mesure que j'approche de l'arrivée, la musique est plus forte, l'ambiance plus festive et mes émotions de plus en plus fortes. Mais quand le speaker annonce l'arrivée de la première équipe mixte, une boule me remonte dans la gorge et j'explose en sanglots, là, en face de la ligne d'arrivée. Des sanglots nerveux, incontrôlables. Je me reprends doucement. Après tout, j'ai quand même de la chance d'être là. Les montagnes sont belles et la météo idéale.

Je vais voir Uta, l'organisatrice en chef de la course. Elle me reconnaît (d'après un photomaton !), me prend dans ses bras et me demande de but en blanc : "Veux-tu courir l'étape de demain ?" Quelle question, bien sûr, j'adorerais la faire ! Elle me donne alors un dossard "guest" (invité) et me demande de trouver une équipe avec laquelle je vais courir le lendemain. Ce sera rapide. Sur le chemin de l'hôtel, je rencontre Lidia et Samuel, couple espagnol rencontré lors du Swiss Jura Marathon. Ils me proposent immédiatement de courir avec eux. On informe l'organisation. Affaire entendue. Rendez-vous est pris le lendemain à 9h30 pour la deuxième étape de la course, la plus technique parait-il.

En chiffres, voilà à quoi ressemble l'étape. Ça ne dit pas grand chose comme ça mais il parait que l'on s'offre dès le départ 950m de dénivelée en à peine 4 km. Ça grimpe, semble-t-il. Puis, on nous promet aussi des passages un peu tendus où il faudra bien s'accrocher aux cordes parce que c'est très raide et ça peut être aussi très glissant. Une coureuse informée en vaut deux !
  • Distance : 25 km
  • Dénivelé : +2014/-2169
  • Altitude mini : 1286 m (St. Anton)
  • Altitude maxi : 2750 m (Vallugagrat)
  • Départ : 10h
  • Temps réalisé sur l'étape : 4h15

Sur la ligne de départ

Je quitte ma chambre d'hôtel à 9h. Premier pas dehors et premier constat : ça caille. Il y a du givre partout et la température joue encore dans les valeurs négatives. En revanche, un soleil radieux et un ciel d'un bleu profond laisse présager une excellente journée.

Je retrouve Lidia et Samuel. Ils veulent aller courir pour s'échauffer. Je leur accorde, il fait plutôt frais. Mais de là à aller courir alors que l'on va passer la journée à crapahuter dans la montagne...est-ce bien nécessaire ? Au diable mes tergiversations. Aujourd'hui, on court en équipe. Et s'ils veulent s'échauffer, je les accompagne. Après notre petit quart d'heure de footing, nous nous plions à l'inspection des sacs avant de pénétrer notre sas de départ.

L'ambiance monte avec le volume de la musique. A se demander si on est là pour danser ou pour courir. J'adore. Juste avant le signal du départ, l'émotion est à son comble avec le célèbre "highway to hell" à pleins tubes. Ca va être si dur que ça ? Je suis venue pour m'amuser, moi ! Mais une ambiance comme ça, vous booste n'importe quel traileur, et vous fait pousser des ailes, au moins pour quelques instants. Puis l'hélico nous survole et tout le monde s'agite pour être vu et retenu sur les morceaux choisis de la journée.

GO !!

Voilà, cette fois c'est parti. On s'applique à rester grouper tous les 3, ce qui, dans une foule de 500 traileurs avec bâtons et autres sacs-à-dos, n'est pas nécessairement évident. Après une rapide traversée du village d'à peine 500m, on débouche déjà sur un chemin qui grimpe aussi fort qu'il se rétrécit. Une chose est sûre : on entre très vite dans le vif du sujet. Une deuxième : 500 coureurs, c'est beaucoup pour un sentier étroit mono trace. Inévitable goulet d'étranglement. Bouchon. On fait du sur place. Puis on avance d'un pas lent.

En même temps, ça ne me dérange pas trop. Cela permet de s'échauffer et de s'habituer à la pente. Et de toute façon, ça grimpe sévère et je ne suis pas fâchée d'aller doucement.

En route vers le Rüfikopf

Transalpine run 2009

Progressivement la file s'étire et le rythme s'accélère. Déjà, ça va trop vite pour moi. Mais je dois rester au contact de mes équipiers. Et il n'y a pas à dire, ce sont des grimpeurs. Ils avancent à bon train et doublent pas mal de concurrents. Samuel donne l'allure et Lidia, concentrée sur ses bâtons, le suit comme son ombre. De mon côté, je me débrouille comme je peux pour les suivre en appuyant sur les genoux avec les mains. Déjà, je transpire, mon cœur palpite dare-dare. J'arrive quand même à maitriser à peu près mon souffle. Tout espoir n'est pas perdu. Samuel se retourne régulièrement pour voir si je suis toujours là : "all OK, Cécile ?", "yes, yes, all OK"

Premier ravitaillement
On arrive à ce premier ravitaillement (Rüfikopf, 2350m) que l'on a bien mérité en 1h10. Pas si mal. Contrôle de dossard. Deux quartiers d'orange, un verre d'eau, resserrage de lacets et c'est reparti. A nous la descente. Lidia n'aime pas trop cet exercice, alors j'en profite pour récupérer de mes efforts de la montée. Après seulement quelques foulées, je sens déjà mon pied se balader un peu dans la chaussure. Bizarre. Mais comme on y va tranquille, je ne prête pas vraiment attention. Et très vite ça grimpe de nouveau vers la Rauhekopfscharte (2415m).

Entre deux sommets

Transalpine run 2009

Après avoir passé la Rauhekopfscharte, je prends deux secondes pour regarder de plus prêt mes lacets : coupés ! Les lacets de ma salomon XT wing droite sont coupés. Je n'en reviens pas. Je me vois finir la course avec une chaussure folle. Mon pied droit apprécie peu la blague. Tant pis. On enchaine alors une succession de re-plats, de faux-plats et de mini montées/descentes.

Transalpine run 2009

Je sens que je me suis grillée dans la première ascension car je n'arrive pas à relancer. Et puis, on oscille au dessus de 2300m depuis un bon moment et j'ai comme l'impression que mon organisme me signale son manque d'acclimatation à ces altitudes. Quel impertinent !

Malgré tout, je prends un peu d'avance sur mes co-équipiers en prévision de la dernière grosse ascension. Et surtout, j'en prends plein les mirettes. On traverse des paysages absolument somptueux. J'aimerais tellement que Kristof soit là. L'année prochaine, on se vengera !

Transalpine run 2009

J'ai déjà mangé tout ce que j'ai emporté : 2 sachets miel et un pot de compote auquel j'ai ajouté des graines de sésame grillées (j'ai fait avec les moyens du bord et ce que j'ai pu trouver dans la supérette du village). Et j'ai faim. L'avantage, c'est que j'ai très bien digéré mon petit déjeuner et que je n'ai aucune gêne abdominale. D'après mes prévisions, on devrait mettre environ 4h30 pour boucler cette étape. Je devrais tenir.

Dernière ascension

Et voilà la dernière ascension en vue. Pour être alpin, c'est alpin. Paysage 100% minéral: des cailloux, des pierres, des falaises. Plus une trace de végétation mais plutôt de la neige, ou plus exactement une sorte de boue épaisse et glissante, résultat du piétinement minutieux de tous les coureurs passés avant moi.

Les traceurs sont présents partout sur cette portion un peu délicate. Ils ont une énergie folle et encouragent tout le monde avec entrain. Et ça tombe bien parce que c'est vraiment dur. La pente est vertigineuse. Les mains sont bien utiles pour avance en s'accrochant aux rochers. Puis la neige prend le dessus sur la boue et la pente se raidit encore.

J'entends l'hélico au dessus de nous. Il se rapproche. J'apprends deux choses sur ces engins. 1- ça ne sent pas bon. 2- ça fait du vent. Corolaire numéro 1 du deuxième aspect : sur une pente raide et glissante, le courant d'air d'un hélico ça déséquilibre. Corolaire numéro 2 : à 2700 m d'altitude sur un pente enneigée, ça donne froid.

J'avance à la vitesse d'un escargot sur un banc de sable et pourtant je suis essoufflée. Les jambes ne répondent plus et pour être franche, je ne suis pas très à l'aise. La pente est ultra raide et la neige très glissante. On avance sur un minuscule sentier monotrace en devers dont la neige porte les stigmates de tous ceux qui on dérapé avant moi. Ça ne me met pas vraiment en confiance. Et mon pied droit qui se balade toujours dans ma chaussure n'aide pas franchement à me donner de l'assurance.

En regardant les autres participants, je constate la morale du jour : Il y a deux catégories de coureurs, ceux qui ont des bâtons et ceux qui sont dans la m..de. Malheureusement, aujourd'hui, je n'ai pas de bâtons. Qu'à cela ne tienne, je grimpe à 4 pattes. Mes mains sont de toute façon déjà tellement proches de la pente que ça ne fait pas une grosse différence.

Les dernières centaines de mètres sont laborieuses. J'évolue en terrain inconnu et ne prends aucun risque. Je m'arme de patience. Ne regarde ni en bas, ni en haut, mais juste devant moi, à l'endroit précis où je vais poser le pied.

Transalpine run 2009

Après quelques dizaines de mètres d'escalade facile, j'attends non sans soulagement le plus haut et le dernier sommet de la journée : le Vallugagrat à 2750m.

Transalpine run 2009

Séance bricolage

Une bonne surprise m'y attend : une équipe de premier secours. Je leur demande s'il n'ont pas de l'elasto pour bander la chaussure et tenir le pied serré en vue de la descente. Ils inspectent la situation et commencent à sortir des aiguilles pour en fait refaire passer le cordon dans les œillets. Leur dextérité par ce froid de canard est remarquable. Un petit nœud chirurgical pour sécuriser tout ça et me voilà avec des lacets tout neufs. Ou presque. Ca devrait au moins tenir jusqu'à l'arrivée.

Pendant que je prenais des photos de quelques participants et que je me faisais réparer la chaussure, Lidia et Samuel m'ont rattrapée. "Is it good Cécile ?" "Yes Samuel, all is good. Don't wait for me now. I'll catch you up." Et déjà ils disparaissent de l'autre côté de la falaise.

Le début de la descente fut vraiment épique. Je pense que je n'ai jamais rien fait d'aussi technique. Ca commence par un morceau de désescalade, histoire de se mettre en jambe et de constater avec bonheur que mon pied droit est de nouveau solidaire de la chaussure. Soulagement.

Transalpine run 2009

S'en suivent quelques centaines de mètres de pente extrêmement raide et glissante (neige fondue sur rochers). Et pour conclure, une succession de pierriers des familles. L'avantage, c'est qu'on a perdu 200/300m d'altitude en à peine 500 m. Qui dit mieux. En regardant les photos du passage des premiers coureurs, on se demande un peu où était la difficulté. Sans doute la raison pour laquelle ils sont devant -_^.

Transalpine run 2009

Je rattrape mes coéquipiers et on continue la descente ensemble jusqu'au dernier ravitaillement. On se félicite d'être là : "well done".
Transalpine run 2009

Arrivée en douceur

Il ne nous reste que 7 km de descente relativement douce. On y va tranquille, ensemble. Je m'occupe d'écarter les vaches et d'ouvrir et fermer les clôtures électriques. Voilà, le village de St Anton est en vue. On passe la ligne d'arrivée main dans la main. Bonheur.

Merci Lidia. Merci Samuel. Merci Uta. J'ai passé une super journée. Rendez-vous est pris pour l'année prochaine ^_^

Crédits photos en course : organisation de la Transalpine-Run (c).