Le Swiss Jura Marathon K350 : En Chiffres
  • 7 étapes en 7 jours sur les crêtes des moyennes montagnes du Jura Suisse.
  • 350km de course à pied nature avec 11000 m de dénivelée positive et autant de négative
  • de 45 à 56 km et +/- 1750 m de dénivelée par étape


Lien vers mon billet sur l'alimentation.
Lien vers mon billet sur la deuxième partie de la course, étapes 4 à 7.

Etape 1 (Dimanche 5 Juillet) : Genève (375 m) - St Cergue (1041 m)
  • Distance : 47 km
  • Dénivelé : +1410/-750
  • Altitude mini : 375 m (Genève)
  • Altitude maxi : 1677 m (La Dôle)
  • Départ : 8h05
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 02h41
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 02h38
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 05h10

  • Temps grisou ce matin mais au moins il ne pleut pas. Je suis bizarrement nerveuse et confiante à la fois, heureuse d'être là.

    Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009

    Le gros avantage de la première étape, c'est que tous les concurrents (y compris ceux du K175), se rendent au départ à Genève. Kristof à mes côtés, je me sens sereine. Des tas de souvenirs de l'édition 2007 me reviennent à l'esprit. Il est 8h, le jet du lac se met en route et à 8h05, après un dernier bisou, c'est parti pour 350 km.

    En fait, je me suis promise de ne pas penser plus loin que le prochain ravitaillement croisé pendant toute la durée de la course. Une stratégie qui sera payante. De point de ravitaillement en point de ravitaillement, patiemment, on arrive au bout des étapes les unes àprès les autres. Les 30 premiers km aujourd'hui sont quasiment plats et je dois me retenir pour ne pas me griller dès la première étape. Je démarre donc en footing aux côtés de Norma et Sandrine. Deux autres coureuses (Barbara et Maria Luisa) partent alors devant. Je laisse faire. Je fais ma course. Dès la sortie de Genève, un petit raidillon calme pas mal d'ardeurs. Je double déjà Barbara.

    Swiss Jura Marathon 2009Je reste tranquille sur mon allure. Des tas de choses se passent dans ma tête. Je pense à Kristof, à Carmen Hildebrand*, à notre participation de 2007, à Nathalie qui depuis La Haye va regarder les résultats ce soir. Il fait chaud mais je gère. Du bitume, du bitume. D'habitude, ça ne me dérange pas mais là, je ne suis pas venue pour ça. J'essaye de ne pas aller trop vite. Je me fais doubler par Rob, Hollandais immigré au Canada, très bavard. Je me contente de réponses courtes à ses questions, je reste concentrée. Je dépasse Maria Luisa avant le premier ravito R1 (La Batie, 11km, 412m) en 55 min. Trop rapide. Je prends donc le temps de boire tranquillement et de grignoter quelques abricots secs. "Tu ne transpires même pas", me lancent les bénévoles. Non, c'est vrai, pas trop, pas encore.


    Arrive enfin un passage très agréable et très ludique en forêt au bord d'une rivière. Ca tourne, ça grimpe, il y a des branches, des pierres, des racines, des escaliers. J'aurais envie d'accélérer pour m'amuser mais la route est encore longue. Malheureusement, ça ne dure qu'environ 5 km et on retrouve la route/chemins blancs et le soleil. C'est longuet, j'en ai un peu marre. Je sors alors mon arme fatale : je mange une première barre salée qui passe très bien. J'ai alors un petit problème de dossard et je dois m'arrêter pour rafistoler l'ingénieux système d'élastiques dont j'étais si fière mais qui aujourd'hui ne fonctionne pas du tout.

    Swiss Jura Marathon 2009

    A 10h, je pense à Kristof qui démarre et lui envoie plein d'ondes positives. J'arrive à mon tour au ravitaillement 2 (R2) en 2h22 (Borex, 26km, 470m). A partir de là, j'arrive plus ou moins en terrain connu. Les souvenirs d'un départ main dans la main avec mon homme me font sourire. Je sais que la forêt approche. Même si ça signifie aussi que ça monte, je m'en réjouis. Je commence la montée tout doux en alternant marche et course. J'ai un petit moment d'hésitation su le parcours. Je perds 5 min à faire quelques allers-retours. Une fine pluie arrive à point nommé pour nous rafraîchir. Mais comme ça monte très fort, avec l'eau, ça glisse beaucoup. Je prends mon temps, je ne force pas. J'essaye de trouver ce que Kristof appelle "mon allure". Ma patience m'étonne. Je prends un plaisir fou. Je ne me préoccupe pas de qui est devant ou derrière.

    Swiss Jura Marathon 2009

    J'arrive au R3 (Chalet de la Dôle, 37km, 1439m) en 4h. Ca monte alors vraiment très raide jusqu'au sommet mais je prends mon temps. La vue à 360° en haut est sublime. Et dire qu'on avait manqué ce spectacle il y a deux ans ! On voit très clairement jusqu'à une horizon lointaine, le mur sur la crête est tout simplement magnifique. Il y a des fleurs partout. C'est bôôô.

    Bientôt la descente. C'est mega raide et glissant à pas mal d'endroits. Je fais attention, je ne précipite rien. Je m'arrête chaque fois qu'il le faut pour vérifier le terrain.

    Swiss Jura Marathon 2009

    La fin est roulante et je laisse glisser tranquillement et rattrape quelques concurrents du K175. Je termine assez bien même si j'ai un peu mal aux pieds avec cette descente infernale. Le soir je constate avec surprise que j'ai environ 2à min d'avance sur la seconde femme (Anna, elle aussi vegan).

    *Carmen Hildebrand est une coureuse allemande d'ultra que nous avions rencontrée lors de l'édition 2007. Remarquable coureuse, elle se connait parfaitement et a remporté toutes les éditions du Swiss Jura auxquelles elle a participé, se classant au passage aussi très bien parmi les garçons. Elle s'est malheureusement blessée juste avant la course et ne pourra pas prendre part cette année.



Etape 2 : Saint Cergues (1041m) - Le Sentier (1013 m)
  • Distance : 45 km
  • Dénivelé : +1290/-1320
  • Altitude mini : 1013 m (Le Sentier)
  • Altitude maxi : 1679 m (Mont Tendre)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 02h57
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 03h14
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 05h29

  • Ce matin encore, le temps est un peu menaçant. La pression est montée d'un cran depuis hier. J'ai comme l'impression que la course démarre réellement aujourd'hui. J'ai les intestins un peu dérangés (après seulement un jour de course !) et j'espère que ça va passer. J'ai pris le petit déjeuner à 5h avec les autres et c'est décidément trop court pour moi. Heureusement Kristof vient me faire un dernier bisou sur la ligne de départ. D'un seul coup tout va mieux. Hier je n'avais pas osé mais cette fois j'ai sorti la jupette. Je me sens bien avec et je pars confiante sur cette étape.

    Après à peine 500 m, un bon raidillon nous attend. Ca calme les ardeurs de tout le monde on se met (presque) tous à marcher. Katja me double une première fois (sur cette étape, on ne va pas arrêter de se croiser). Ca monte et ça descend plus ou moins tout le temps et j'arrive au R1 (Le Crot, 8km, 1225m) juste derrière Katja. C'est alors que je me rends compte que je n'ai pas encore bu. Je ne devais pas avoir soif !

    Je repars devant et dans la côte suivante (200m de dénivelée en 1km), la vue est absolument magnifique. Anna me rattrape. On reste au même niveau un moment. J'essaye de rester à mon rythme mais mon estomac est un peu dérangé. Je me force à manger une première barre (l'appétit vient en mangeant ?) mais ça en passe pas très bien et je suis obligée de beaucoup marcher en montant. J'avale une deuxième barre juste avant le R2. Katja en profite pour me doubler de nouveau.

    Au R2 (Col Marchairuz, 18km, 1447m) je prends mon temps : boire, refaire le plein de barres laissées en dépôt aux organisateurs, d'abricots secs. Je me souviens très bien du départ du K175. On avait attendu dans l'auberge tellement le temps était mauvais. Une raison de plus de se réjouir des conditions météo plus clémentes cette année. On repart par un chemin boueux traversé par de nombreuses racines. J'adore. je m'amuse. Je pense à mon homme qui a dû se régaler dans ce passage lui aussi.

    Swiss Jura Marathon 2009

    Nous sommes de nouveau côte à côte avec Katja et on commence à discuter. On papote tellement bien qu'on relâche la concentration et on s'égare. Comme 3 ou 4 coureurs nous suivaient, c'est tout un petit groupe perché sur une montagne qui est à la recherche d'une rubalise. On fait demi-tour quand on entend Anna crier "Hier" (ici) pour nous indiquer lel chemin. Elle court avec Nikola. Nous sommes désormais 4 filles dans ce petit groupe. Mais comme ça descend, je prends assez vite pas mal d'avance. Une succession de petites montées et descentes nous attendent avant d'attaquer l'ascension du Mont Tendre, point culminant du Jura à 1679m au km 26. Mais cette année encore, je parviens au sommet dans un épais brouillard et peux oublier la vue !

    Je fais contre mauvaise fortune bon cœur et décide de m'amuser dans la descente. Je resserre mes lacets et me lance avec envie dans mon jeu préféré. Cette descente, elle se mérite car elle est truffée de petites remontées dans les prairies. J'arrive au R3 (Pres haut dessous, 32km, 1284m) où je retrouve Nenni (coureur membre de courirauféminin.com). Je bois, enlève les manchons qui ont été bien utiles au Mont Tendre, dépose mon sac, avale un morceau de banane, fourgue quelques abricots secs dans la poche de ma jupette. Prête ? Ca repart !

    J'ai le ventre un peu en vrac (la descente? l'alimentation ?) et j'espère bien que ça va tenir. Il reste 13 km, globalement en légère descente mais en fait, c'est une succession de montées, descentes et faux-plats. Je ne m'affole pas et marche dès que nécessaire. Sur la dernière descente (terrible, sur le goudron, et très raide, un calvaire pour les pieds et les cuisses), je cours aux côtés de Thorsten, un Suisse de Bâle très sympa qui a déjà participé l'année dernière. On termine à un bon rythme. Je m'étais beaucoup plus effondrée sur la fin du parcours il y a deux ans !

    Une fois douchée et repue, je constate la présence des premières courbatures : aux abdos ! Aujourd'hui encore, j'ai près de 15 min sur la deuxième de l'étape (Nikola) et plus de 25 min sur la deuxième au général (Anna). Et c'est déjà plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher de penser que si je gère bien cette course et arrive à la finir, j'ai la possibilité de la gagner. Décidément, je suis incorrigible et démontre une nouvelle manière de se mettre la pression pour rien !
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Etape 3 : Le Sentier (1013 m) - Fleurier (743 m)
  • Distance : 56 km
  • Dénivelé : +1650/-1920
  • Altitude mini : 700 m (Saut du Day)
  • Altitude maxi : 1607 m (Chasseron)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 03h18
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 03h35
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 07h05

  • Hier soir après le briefing, j'ai grossièrement recopié sur une petite feuille le profil de l'étape, histoire de savoir où j'en suis au fil de la course. C'est un rituel que je répéterai tous les soirs car ce petit pense-bête s'est révélé bien utile à plusieurs reprises.

    Swiss Jura Marathon 2009

    Ce sera la dernière fois que je prendrai le petit déjeuner à 5h. 2h c'est décidément trop court pour ma digestion. On n'est pas encore parti et j'ai déjà le ventre en vrac. Je dois courir 3 fois aux toilettes avant le départ. Pourvu que ça se calme. Heureusement ce matin, notre parcours longe pendant un long moment le lac de Joux. C'est très beau. Et c'est plat. Ce qui permet de s'échauffer en douceur. Le R1 (Les Epoisats, 15 km, 1024 m) se situe au pied d'une bosse de 1km que je monte en marchant, histoire de digérer ce que j'ai mangé au ravitaillement. Suit une grande descente facile mais bien raide qui tape et fait mal aux jambes.

    Après une petite remontée, on enchaîne (encore !) sur une grande descente qui nous mène au fond d'une cuvette (Saut du Day) de laquelle il va bien falloir remonter. Dommage. Et pour grimper, ça grimpe. Un chemin très abrupt et encombré de toutes parts par des arbres couchés. Heureusement sur la fin, il redevient praticable et il est de nouveau possible de courir.

    Swiss Jura Marathon 2009

    Démarre ensuite une longue ascension sur la route. Ca monte vraiment très fort et je marche beaucoup. Enfin, on entre à nouveau dans la forêt sur un joli chemin et j'ai tout de suite beaucoup plus envie de courir. Alors que les jolis lacets continuent tranquillement leur voie vers le sommet, le parcours de l'étape coupe à travers en pleine pente : un des jeux favoris des traceurs du Swiss Jura Marathon. Ce n'est plus un chemin, c'est une échelle, les marches en moins et la boue bien glissante en plus. A de nombreuses reprises j'ai besoin des mains pour avancer. Ce n'est plus de la course à pied, c'est de l'escalade !

    Swiss Jura Marathon 2009

    Le R2 (La Languine, 29,5km, 1217 m) est installé dans une chèvrerie. Je mange un morceau de banane, bois de l'eau, récupère mes barres et ne m'attarde pas. La route est encore longue aujourd'hui. Ca repart à travers une pature en dévers mais ça glisse beaucoup moins qu'il y a deux ans. Cette fois, il est possible de courir sans risquer perdre l'équilibre ou sa chaussure dans la boue à chaque pas. Je termine la montée du Suchet (1535 m) à mon rythme. Il fait un bon gros mauvais temps et je me félicite d'avoir le buff, les manchons et les gants. Bon, D'accord, c'est vrai, j'ai toujours des gants. Mais pas le buff !

    Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009
    Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009
    La délivrance arrive avec la descente. Je rattrape pas mal de coureurs et poursuis mon stage linguistique, jonglant en permanence entre le français, l'allemand, le hollandais et l'anglais. Ce trail est fatiguant même pour le cerveau.

    J'aime beaucoup courir à travers champs. Il ne faut pas avoir peur de se tordre les chevilles, et si on reste relâché et vigilant, c'est assez ludique. Je constate avec joie que tout va encore plutôt bien, mis à part mon ventre qui décidément ne veux pas me faire de vacances. Après un morceau assez pénible de descente très raide sur la route, le R3 (Col des Etroits, 42 km, 1166m) est en vue. Je croque dans une pomme, avale un morceau de banane, bois un verre d'eau, prends quelques abricots secs et repars. Cette fois, je garde le sac. Je n'ai jamais couru 56 km de ma vie. Je préfère jouer la sécurité. D'autant plus qu'il reste l'ascension du Chasseron (1607 m).

    Fatalement, après le col des Etroits, ça grimpe. Je marche beaucoup et en profite pour m'alimenter. La fin est un peu longuette, mais la vue est absolument sublime. Le vent est tellement fort que par moment j'en perds l'équilibre. Mais c'est un de mes terrains préférés avec des pierres un peu partout sur le chemin qui obligent à faire des sauts de cabri. Concentrée sur mes appuis, je m'approche doucement mais sûrement du sommet où un dernier petit ravitaillement a été improvisé juste derrière l'hôtel du col.

    Swiss Jura Marathon 2009

    Voilà, c'est parti pour la descente après avoir resserré les lacets. Curieusement, mes jambes fatiguées encaissent bien ce passage pourtant exigent. Je suis contente de mon étape (la plus longue de la course). Ce soir encore, j'ai plus d'un quart d'heure d'avance sur la deuxième (Wilma). Et l'écart au général se creuse un peu plus.

    Sous la douche, je constate avec surprise que j'ai des courbatures aux bras !