Évidemment, quand on court en moyenne 6h par jour, en montagne, par des conditions météo pas toujours faciles et surtout changeantes, on brule des calories. L'alimentation est le carburant du coureur, pour avancer comme pour récupérer. Mais ça peut aussi être une récompense bien méritée après de tels efforts.

Voici une petite revue de ce que j'ai gaiement engloutie avant, pendant et après les différentes étapes.

Avant le départ des étapes

Les deux premiers jours, j'ai pris mon petit déjeuner à la cafétéria avec les autres à 5h15. L'équipe de la cuisine nous préparait gentiment un Bircher Müesli "vegan" pour le matin (spécialité helvétique aux flocons d'avoine trempés dans l'eau et un peu de jus de citron, accompagnés de fruits coupés/rapés : pommes, abricots, melon, banane...). Le départ de la première étape a été donné à 8h. J'ai eu le temps de digérer mon petit-déj. Mais les jours suivants, nous commencions à courir dès 7h. Deux heures de digestion pour un Bircher Müesli, même excellent, c'est trop court pour moi.

Je n'y suis plus retournée. Je me suis adaptée. Je préparais la veille un petit déjeuner (que je prenais la nuit, voir paragraphe correspondant). Ensuite je remplissais (pas trop) la poche de mon sac-à-dos avec de l'eau pour avoir un minimum de choses à faire le matin

Pendant les étapes

Sur chaque étape, il y a 3 postes de ravitaillement, répartis à intervalles à peu près réguliers. J'y ai consommé des morceaux de bananes, des abricots secs, parfois un petit morceau de pomme juste croqué pour le jus et bu de l'eau. Je re-remplissais, si nécessaire, ma poche d'eau au deuxième ravitaillement. Ce deuxième ravitaillement fut celui où je me suis arrêtée le plus longtemps (sans doute pas loin d'une minute) chaque jour. Le temps de bien refaire le plein du sac et surtout de marquer une petite pause afin ne serait-ce que psychologique de me féliciter d'être arrivée jusqu'à là.

Mais comme indiqué dans les billets précédents, les morceaux de bananes et les abricots secs, on s'en lasse vite. Il faut varier les plaisirs.

Pour les 3 premières étapes c'était très simple, j'avais emporté mes barres magiques, versions sucrée et salée. Chaque matin, je partais avec une de chaque. Ensuite j'en récupérais deux autres au fameux deuxième ravitaillement (environ à la mi-parcours et le point de départ de Kristof). Elles furent parfaites. Me procurant une bonne variété de gout et de texture et un contraste avec les abricots secs et les morceaux de bananes. Alors pourquoi ne pas en avoir emporter plus ? Parce que malheureusement elles ne se conservent hors du frigo que 4 jours (1 jour de voyage + 3 premières étapes).

Barres énergétiques à effet garanti sur le moral

Barres énergétiques hors catégorie

Pour les étapes 4 et 5, j'ai bricolé des petites douceurs en forme de petites balles soigneusement enveloppées dans du film alimentaire. La recette ? Ultra simple : écraser une banane à la fourchette, ajouter une càc de mélange café moulu+chicorée en grains, une càc de miso, des flocons d'avoine et de la kasha. Incorporer autant de flocons d'avoine que nécessaire pour avoir une consistance malléable et former des petites balles (de la taille d'une balle de golf) avant de l'enrouler dans du film alimentaire. Ça donne entre 4 et 6 balles. Parfait pour une étape. C'est bon, c'est sucré, ça apporte le sel nécessaire et un léger coup de peps avec la caféine.

Pour les étapes 6 et 7, il a fallu faire preuve d'un peu plus d'imagination. Je suis arrivée à saturation avec le sucré et le gout des bananes. Heureusement on trouve en Suisse de nombreux pains complets de seigle et notamment le traditionnel pumpernickel allemand, un pain très dense, fait sans farine mais juste avec des grains de seigle et cuit pendant des heures à basse température à la vapeur (ce qui donne un gout caramélisé).

Le pumpernickel se présente sous la forme d'un pavé compact prédécoupé en tranches fines. Je me suis préparé des mini-sandwichs tartinées de miso, avec parfois une option tofu : une tranche de tofu ferme badigeonnée de marmite . Une tranche de pain coupée en 2 me donnait un petit sandwich : j'en ai fait 6 par jour.

A propos de l'étape 6, j'ai eu faim dès le km 3. Je ne me suis pas inquiétée et j'ai tranquillement dégusté mon premier petit sandwich. J'ai bien fait car j'ai eu de assez de provision pour toute l'étape.

Au cours de toutes les étapes, j'ai profité des longues montées et autres côtes pour manger. J'entends déjà Pconvert faire des bonds derrière son écran : "je sais bien, c'est mal de marcher dans les côtes". Mais là, pour tenir la distance, je n'ai pas eu le choix. J'ai exploité ces passages pour fractionner mon alimentation en course et reposer mon coeur. Ainsi libérée, j'ai pu jouer dans les descentes. Dernière astuce, cette petite collation était une récompense au moment d'affronter les montées bien raides.

Choooocolat ! Les deux derniers jours, j'ai emballé des carrés de chocolat noir intense (86% peu sucré). Avec un carré de bon chocolat, un abricot sec passe beaucoup mieux ! Et les kms s'évanouissent...

foodUn peu de tactique : l'utilisation des postes de ravitaillement s'est avéré important. J'ai ainsi laissé mon sac au ravito 3 (2,4,5 et 6ème étapes). Je prenais le temps de bien boire, quelques provisions pour la route dans les poches et hop c'est parti moins encombrée pour passer les derniers kilomètres en descente.

Tactique, qui n'est pas sans risque. Ainsi j'ai eu très soif sur la fin 6ème étape. Etape exigeante, ça n'arrête pas de monter et descendre, que j'ai courue sous la chaleur. Dès la première grosse ascension, j'ai eu vraiment soif. Et là l'abricot sec dans la poche n'apporte pas grand chose. Je me suis fatiguée et ai perdu ma lucidité. La descente ludique en sous-bois est devenue pas drôle du tout. Un moment d'inattention et me voilà par terre avec les doigts de la main gauche complètement retournés et toute la cuisse gauche meurtrie. J'ai essayé de me relever tout de suite pour voir comment je me sentais. J'ai vu des étoiles. J'ai cru un instant que j'allais m'évanouir. J'ai avalé 2 abricots pour reprendre mes esprits. Après vérification, je pouvais courir sans trop de douleur à la cuisse. J'ai fini cette étape en pilote automatique. En arrivant, j'ai avalé un litre d'eau d'une traite. Pas bon.

Après la course

Une fois passée la ligne d'arrivée, il faut commencer à récupérer. Et ça passe fatalement par boire et manger. Côté boisson je m'en suis tenue à de l'eau. Les en-cas d'après course eux ont varié : quelques fruits, un morceau de pain, un carré de chocolat. Ce n'est qu'après cette collation que j'allais prendre une douche bien méritée elle aussi.

Le diner

Swiss Jurq MarathonNous nous sommes fait notre popote. A 18h, nous nous rendions au réfectoire pour le briefing/tombola/résultats du jour et partions au moment du service du diner. Je mangeais un peu avant et un peu après. Mon estomac, fatigué, ne pouvait pas digérer de grandes quantités de nourriture d'un coup.

Mon diner, arrosé de champagne (eau à bulles), s'improvisait autour du bircher müesli conservé par Kristof. Arrosé d'un peu de lait de soja, ce müesli était une excellente mise en bouche après ma douche (vers 15 - 16h). Puis j'avais vite envie de "salé". J'ai mis les légumes de côtés dès le 3ème jour car trop riches en fibres et pas assez en énergie. Je mangeais donc du pain (ou du pumpernickel) avec de la miso et du miel. Oui, je sais, ça a l'air bizarre mais croyez moi c'est délicieux. J'ai même mangé la miso à la petite cuillère. Parfois, Kristof a réussi à trouver du tofu, excellent reconstituant après de tels efforts.

food

Mais pour être franche, souvent après la douche, j'avais plus envie de dormir que de manger. Sur les dernières étapes, j'ai dû me forcer un peu. Je n'ai toujours mangé que des aliments que j'apprécie. Mais l'excès de nourriture riche, le manque de légumes, la fatigue gastrique et intestinale, m'ont un peu fait perdre le plaisir du palais. Je ne percevais plus vraiment le gout de ce que je mangeais, à moins de manger de toutes petites quantités et très doucement. Le dernier soir, à Balsthal, mon chevalier servant m'a apporté un concombre : une véritable friandise (!). Un plaisir après la difficile sixième étape. Gâterie que j'ai payée le lendemain avec des ballonnements inconfortables, limites douloureux sur la route de Bâle.

Après le briefing, je croquais des noix (amandes, pécan, cajou) avec des carrés de chocolat noir. J'ai essayé de ne pas manger plus de deux pommes crues. J'ai privilégie les agrumes (quand Kristof en trouvait). Côté plaisir, Kristof a ramené des mélanges de fruits rouges surgelés. Un vrai régal en soupe de fruits avec du lait de soja ! Si malgré tout cela j'avais encore faim, je reprenais un morceau de pain, une couche de miso, le tout trempé dans du lait de soja.

bouilloireNous avons emporté une bouilloire électrique (attention : les prises sont différentes en Suisse). Elle a tourné à plein régime tous les soirs : infusions relaxantes, thé-café, chicorée et aussi de l'eau chaude pour faire gonfler les baies de Goji, les noix et les flocons d'avoine. Certes encombrante, mais très utile.



La nuit

Avant de me coucher, je préparais dans une boite hermétique mon petit déjeuner : flocons d'avoine gonflés dans de l'eau chaude, café-chicorée, morceaux de fruits (bananes, pommes ou oranges), un peu de pumpernickel (option), des noix, du chocolat (option), de la kasha, des germes de blé, du lait de soja. J'y ai aussi incorporé une fois du tofu et un autre jour une barre énergétique "gomacro" au beurre de cajou et sirop de riz, généreusement offerte par Norma, une coureuse émérite du K350. Je comptais sur un réveil nocturne pour le prendre. Et ça n'a jamais manqué. J'ai toujours été réveillée par la faim à un moment ou l'autre de la nuit et j'ai été ravie d'avoir mon petit déjeuner à portée de main. Et je n'ai oublié que le premier jour d'avaler deux sachets de smecta avant ce premier repas de la journée.
Dans la nuit de la 5ème à la 6ème étape (à Bienne), je me suis réveillée à 22h30. Encore éveillée à 23h30, j'ai décidé de manger mon petit déjeuner. Une excellente idée puisque je me suis endormie comme un bébé. J'ai dû néanmoins remanger vers 3h du matin une tranche de pumpernickel. Malgré cela j'ai eu faim pendant quasiment toute la durée de cette étape.

En conclusion

Globalement, l'alimentation n'a pas été un problème lors de cette course. Grâce aux approvisionnements quotidiens de Kristof, j'ai pu manger frais et varié sur l'ensemble de la semaine. Pour être franche (pas très glamour...), j'ai avalé un peu plus d'une boite d'immodium sur les 4 derniers jours. J'aurais sans doute dû en prendre plus tôt car le mal était fait. J'ai aussi pris quelques comprimés contre la nausée, notamment le 2ème et le 5ème jour, car je sentais que "ça ne passait pas" et quand même l'eau est difficile à avaler, il vaut mieux faire quelque chose.

En rentrant, je faisais le même poids qu'au départ. Certes, nous avons passé deux jours à Bâle à manger (fête au buffet végétal du Titbits !) et dormir. J'ai certainement surcompensé pendant ce petit séjour de retour à la vie "normale". La stabilité de mon poids reste une satisfaction. De son côté, la Tanita (balance qui indique le pourcentage de masse musculaire, osseuse et de graisse), même si je ne crois pas la valeur absolue qu'elle indique, affichait -4% de masse de graisse au retour (14% avant, 10% après). Le chiffre absolu est faux, l'évolution donne une indication. Depuis je remonte gaiement la pente ^_^