Trail du Canal Le ciel se dégage

La veille de la course, j'ai passé la journée dans le train pour finalement arriver à La Rochelle sous la pluie. Mais ce vendredi matin, le ciel semble vouloir se dégager. De bon augure pour la course. Nous nous rendons au départ en trottinant, nous offrant ainsi 3 km d'échauffement. Nous sommes sur place plus d'une demie-heure avant le départ mais déjà l'ambiance bat son plein. Je découvre avec bonheur les courses nature de village à la Française, organisées avec toute la bonne volonté des clubs et ses bénévoles. A ma grande surprise, il y a beaucoup de femmes. Elles représentent un tiers des participants, une vraie réussite. Certains coureurs sont franchement très affutés et le niveau semble plutôt élevé.

Je suis sur mon 31 avec ma nouvelle jupette et mes adidas revolt presque neuves assorties à mon t-shirt gris et rose. Je suis encore un peu groggy du voyage mais il fait désormais très beau et l'ambiance est décidément excellente.

En trombe

Le départ est donné et les fauves sont lâchés. Ça joue des coudes, les coureurs partent comme des fous. Sur le premier km sur la route je me fais doubler par des dizaines de coureurs, peut-être une centaine et pourtant, je ne cours pas au ralenti, je vais même beaucoup trop vite pour un début. J'aimerais éviter de me laisser emprisonner au milieu du pack mais je n'ai pas les jambes pour répondre. Surtout, je sais la semaine qui nous attend ensuite à Oléron et il serait sans doute préférable d'éviter de se mettre dans le rouge tout de suite.

Enfin on rentre dans le bois. Un coureur devant moi rassure son copain "OK, c'est bon, maintenant on peut ralentir". Ben non, justement, maintenant que tu es devant moi mon p'tit monsieur, tu ne vas pas me bloquer le passage ! Ça me rend folle ce genre de comportement parce qu'il va falloir que je slalome pour dépasser et simplement me retrouver avec les gens qui courent à la même allure que moi. Mais déjà le vert de la nature environnante m'apaise. Le parcours est assez roulant et je commence ma remontée.

Les crêtes

Puis on monte sur les crêtes. Ca monte, ça descend, ça tourne, c'est plein de flaques d'eau et de boue. Bref, je m'amuse beaucoup. Bientôt il y a une descente un peu raide et ça bouchonne. Il faut attendre son tour pour descendre...en marchant ! Même topo dans la montée qui suit. On grimpe à la queue-leu-leu en marchant. Arrivée de nouveau sur les crêtes je double en passant en dehors du sentier le groupe de coureurs devant moi pour ne pas rester bloquée une nouvelle fois. Du coup, je dois faire un petit effort pour augmenter l'allure. Ca va un peu trop vite mais je suis grisée par le fait de dépasser autant de monde. Au passage au 5ème km, il y a un superbe ravito champêtre bien garni que j'ignore magistralement pour continuer ma route. On m'apprend que je suis 4ème femme. Vient ensuite une descente sympa dans laquelle je m'amuse beaucoup avec les virages en épingles à cheveux. Ce que je ne sais pas encore c'est qu'il faudra la remonter 3 fois !

Trou noir

Arrive le passage dans un tunnel de 800m . A l'entrée du tunnel, je double un groupe de coureurs. L'un d'entre eux lance à son compagnon de course : "Tu t'accroches à la jupette et tu ne la lâches pas !!". Soit Messieurs, mais pas trop fort quand même ! Les 400 premiers mètres du tunnel sont sans éclairage. Instinctivement, je lève un peu plus les genoux et mes foulées sont accompagnées de grands floc-floc dans les flaques qu'il est impossible d'éviter. Avec un peu de chance, ça va me nettoyer les jambes de la boue qui s'y est accrochée en début de parcours. Après 200m, j'ai un peu le vertige et essaye de rester concentrée sur le point de lumière au fond du tunnel. Heureusement, à mi-parcours, les organisateurs ont installé une guirlande de Noel autour de la rambarde qui donne suffisamment de luminosité pour voir à peu près où on pose les pieds. Comme il est facile de courir d'un seul coup !

Trail du Canal

Je sors du tunnel accompagnée du groupe de coureurs dépassé à l'entrée. Ils se sont finalement bien accrochés ! Fatalement ça grimpe mais je continue à doubler. On arrive déjà à la mi-course, ce qui signifie que l'on va revenir par l'autre rive du canal. Effectivement, en contre-bas, de l'autre côté du canal, je vois passer 2 femmes. Elles me semblent loin devant. En revanche, aucune trace de la troisième.

Deuxième moitiée

On est en léger faux-plat descendant et normalement, sur un terrain comme ça, je lâche les chevaux. Mais là, ça ne vient pas. Je suis déjà en sur-régime car je suis partie trop vite et depuis les pulsations ne descendent pas. A mon tour, j'arrive sur l'autre rive. Je me retrouve avec un couple de coureurs puis un troisième greffé au groupe. Ils me donnent le rythme. Je me cale derrière et on discute un peu. On reste ainsi sur les berges (bien grasses et boueuses comme on les aime) jusqu'au km 13 où on retrouve la fameuse côte. Le troisième homme du groupe ne peut plus suivre et je continue ma route avec mes deux compagnons du jour. On continue de discuter et je me dis que si je peux parler comme ça, c'est sans doute que je pourrais courir plus vite ! D'un autre côté, je pense à la semaine d'entraînement qui m'attend à Oléron. Après tout, je ne suis pas là pour m'épuiser mais pour me faire plaisir.

Trail du Canal

On prend une dernière fois la descente en lacets pour mieux la remonter juste après, mais cette fois, directement, en pleine pente. C'est tellement raide et pentu que les organisateurs ont installé une corde pour se hisser. Nous voilà de retour sur les crêtes, sur un chemin étroit où seul un coureur peut s'engager à la fois. Mes compagnons m'invitent à les doubler mais je préfère rester où je suis. On rattrape des coureurs à bout de souffle qui bloquent le passage. Impossible de doubler. Ca m'énerve car j'adore ce genre de sentier et j'aimerais vraiment m'amuser à le courir à mon allure, en jouant de ma petite taille pour mieux me faufiler. On reste coincés comme ça une éternité (au moins 1 km !!). Enfin un passage se présente avec la possibilité de doubler. Je ne m'en prive pas. Mais je rattrape très vite un autre groupe de coureurs et me retrouve de nouveau dans la même situation. On doit même marcher dans les descentes et les montées car ça bouchonne ! Comme ça ne sert à rien de s'énerver, j'en profite pour admirer le paysage et la végétation. On est en sous-bois. Le chemin étroit serpente comme un turban. C'est magnifique.

Un dernier effort

Voilà, une dernière montée et on se retrouve sur un chemin hyper large et roulant. Croyez-vous que je profite de cette liberté pour accélérer ? Même pas. Bien sûr, je dépasse quelques coureurs mais mes jambes sont déjà bien fatiguées et je ne peux pas vraiment aller plus vite. C'était bien la peine de se mettre dans cet état quand ça bouchonnait tout-à-l'heure !! On m'annonce une dernière fois que je suis 4ème féminine. Mais comme personne ne m'a indiqué qu'elle est à bout de souffle à seulement 30 secondes devant moi, je ne fais aucun effort pour aller la chercher et reste sur mon petit rythme que je trouve finalement assez confortable.

Je termine couverte de boue, heureuse, fatiguée mais pas encore épuisée, en 1h30. Les bénévoles remettent un brin de muguet à toutes les femmes. Comme ça sent bon !

Récupérer

Je retrouve Kristof, frais comme un gardon comme d'habitude et tout aussi couvert de boue. La suite (le ravito, les pommes Belchard, le sourire et la gentillesse des bénévoles, les cadeaux...), Kristof vous l'a déjà racontée dans son billet que je vous invite à lire. J'ai vraiment beaucoup aimé cette course : un magnifique parcours, un très beau repérage et un balisage parfait. Quant aux bénévoles, il sétaient tous plus gentils les uns que les autres.

Ce n'est qu'une fois à l'hôtel que je me suis rendue compte à quel point j'étais fatiguée. J'ai eu un petit passage à vide. Je n'arrivais pas à digérer et je me sentais vraiment lasse et un peu "dans les vaps". Le lendemain, les courbatures dans les jambes me confirmaient que j'avais "couru fort" la veille. Quand la nature nous emporte !!