(Raid des Trolls en Norvège) : Vue sur le Fjord
Par Kecily, dimanche 3 août 2008 à 16:42 :: Course Nature :: #390 :: rss
Cette quatrième étape nous a gâté niveau paysage, nous offrant une vue sublime sur Flåm, l'Aurlandsfjord et le Sognefjord. Je suis passée par des longs moments de doute avant de trouver un deuxième souffle et finir dans une grande euphorie : tout ce que l'on peut rencontrer dans une épreuve de trail.
Avant de commencer le récit de l'étape, je vous invite à visiter le blog du Clermont Raid Aventure, l'équipe de Nicolas Alexandre (le vainqueur de la course, au centre de la photo), qui présente de la meilleure des manières tous les participants de cette petite aventure, organisateurs compris. Ses portraits sont fort sympathiques et très bien faits. A lire en particulier son résumé de l'épreuve ! c'est ici raid des trolls - résumé final (écrit par Nicolas Alexandre).Le parcours de l'étape
Les organisateurs nous promettent un parcours de toute beauté avec une ascension initiale longue et pentue (on va de 50m à 1650m) sur une route de montagne, un sentier avant de longer le cours d'un petit rapide, l'ascension continue (+200m) via des chemins de randonnées caillouteux au milieu des mousses, broussailles avec quelques traversées de névé en prime pour rejoindre le sommet du fjord Aurlandsfjord. Une fois, arrivés tout en haut, il faut redescendre sur Flåm et donc la deuxième partie de l'étape est une grande descente technique avec différents types de surfaces et paysages... dont une partie dans la forêt près de fermes et une toute fin de parcours avec 4km au bord de l'eau sur la piste cyclable menant au centre du village (distance totale 38 km et 1850 m de dénivelé + puis -). Le départ et l'arrivée sont prévus au camping, histoire de faire simple. La météo s'annonce changeante et on nous recommande de prendre un bon coupe-vent pour le passage sur le sommet.
Le départ
Hier le Doc' Pierre Fouillant a magnifiquement percé mon ongle noir et m'a décoré l'orteil d'une très jolie poupée. Ensuite, il a fait de la marquèterie avec mon ampoule, découpant soigneusement la peau et la remplaçant par un compeed découpé avec grande précision : il a fait un travail de haute couture, du grand art. Après chauffage manuel, la rustine a été protégée par une bande adhésive ultra fine et l'ensemble maintenu avec un large morceau d'élasto. Une fois l'ouvrage achevé, il a ajouté "Demain, serre tes lacets avant la descente. Et serre les dents !". Si les pieds se sont remis des traumatismes de la veille, j'ai encore le ventre un peu en vrac ce matin et je vais donc reprendre un immodium pour limiter la déroute. Suivant les conseils des organisateurs, je me couvre plus que d'habitude, je remplis la poche d'eau de mon sac à dos complètement et j'emporte des barres de céréales.
Le départ est donné dans la bonne ambiance comme d'habitude mais cette fois je reste concentrée. Je profite des 3 premiers kilomètres de plat pour faire un petit bilan de ma forme. J'ai mal aux jambes, je suis nauséeuse, j'ai chaud et mon sac est lourd. Bref, tout va bien -_^
La montée
Un premier virage en épingle à cheveux et la montée commence, sur goudron dans un premier temps. Très vite, je marche. L'étape est longue et je reste prudente. Jérôme est parti devant, suivit par Kristof et Nicolas. Patrice leur emboite le pas. Je ne les reverrai plus de la journée. On enchaine les lacets et Franck revient à mon niveau puis me distance. La route se transforme en chemin blanc carrossable. Esther me double puis Daniel.
Après environ 1h30 d'ascension, j'arrive au premier ravitaillement. Je ne m'arrête pas, je ne peux rien avaler, même pas de l'eau. Je ne me sens vraiment pas bien et j'ai juste envie que cette montée s'arrête. Mais bon, il faut être réaliste, 1800m de dénivelée, ça ne s'avale pas comme un quatre heures. Après le R1, le chemin devient moins carrossable et on se rapproche de la nature la vraie. Un bon point. J'ai beau regarder aussi loin que possible, je ne vois aucun des 4 hommes de tête. Ils ont vraiment créé un gros écart.
Le ruisseau
Assez vite, on longe le ruisseau dont nous avait parlé Jacques le pisteur. La pente s'est réduite et je peux de nouveau courir. Ça devient même drôle de sauter de pierre en pierre. Le chemin est tellement étroit et bordé de buissons tellement denses et hauts que je préfère courir à travers le lichen sur les buissons voisins du chemin. Je rattrape Michel puis Esther. J'essaye de boire mais ça ne passe toujours pas. Pas top. Il va bien falloir que je boive et sans doute que je mange si je veux tenir jusqu'au bout.
En pleine pente, au milieu de nulle part, entre le R1 et le R2, et en plein vent, nous attendent Flo (la femme de Nicolas) et Claire (la Doc', femme de Pierre). Elle m'interroge sur ma forme. Je lui annonce la couleur : "Je ne suis jamais allée chercher des ressources si profondes." Mais, selon elle, si je me sens si mal, c'est sans doute parce que je suis nauséeuse. Elle me donne donc un comprimé contre les nausées. Et je repars.
Le plateau
Le comprimé de Claire me soulage en à peine un quart d'heure. J'ai vraiment l'impression de revivre. Je bois sans problème et j'arrive même à avaler des abricots secs. Le bonheur. Je retrouve mes jambes et je peux enfin courir comme j'en ai envie. Après quelques kilomètres à travers nulle part sur la pierraille, j'arrive au R2 où je retrouve Francky.
La traversé du plateau ne sera que du bonheur. Le balisage joue un peu à cache-cache avec les pierres mais je suis prudente et prends systématiquement le temps de vérifier ma route avant d'aller trop loin. Le parcours traverse des névés, il suit un charmant petit chemin qui serpente sur les pierres, puis amorce la descente. C'est assez technique, entièrement sur pierrier, mais je suis grisée par les endorphines et je me régale. Jacques, qui est resté sur le plateau pour nous guider après avoir placé le balisage ce matin, me complimente d'un gentil "Tu cours comme un gazelle". Je lui réponds "Comme une chèvre plutôt non, c'est plus de circonstances" et le félicite pour la beauté du parcours avant de continuer mon chemin. Quelques kilomètres plus loin, après des traversées de névés et de grands passages de pierriers, j'aperçois Paulo, en contre-bas. Lui aussi resté sur le plateau après la séance de balisage malgré son entorse à la cheville. Il m'annonce que la descente va démarrer et qu'il faudra être prudent car elle est technique. Ah bon ? Ça descendait pourtant pas mal déjà avant, non ? L'avantage, c'est que le mot descente a fait tilt dans ma petite tête et j'en profite pour resserrer mes lacets. Merci Pierre pour ce rappel.
La descenteYouhouhhh!!!En effet, la descente commence, un peu sèche et très technique. Mais surtout quelle vue. C'est magnifique. On est comme sur un balcon duquel on domine deux fjords à la fois : le plus long, Aurlandsfjord, au dessus duquel on court, et le plus haut, Sognefjord, au loin sur la droite. Au fond de la vallée, sur la gauche, on aperçoit Flåm. C'est tout simplement magnifique et je ne peux retenir un cri de joie. Les émotions sont vraiment très fortes à ce moment. Alors je savoure, je fais durer. C'est d'autant meilleur que je suis arrivée là avec mes petites jambes.
La descente est en effet technique : d'abord des pierres puis un petit chemin sinueux très étroit. Au début j'essaye de suivre le chemin mais les pierres cachées sous la végétations sont de vrais pièges et j'opte finalement pour une trajectoire plus directe, à travers les mousses. Je me tors les chevilles à plusieurs reprises mais sans dommage. Dans un virage, je sens le compeed partir d'un côté et ma peau de l'autre. Pas idéal, mais pas trop grave, j'ai fait le plus dur. Il doit rester 15 km à tout casser. Au bord d'une charmante cabane est positionné le troisième ravitaillement. Je m'arrête juste le temps de refaire le plein d'abricots secs et de boire un petit verre d'eau.
Le parcours se poursuit en sous bois. C'est ravissant et très fleuri. La terre glisse un peu mais je me laisse volontiers emporter par la pente, comptant sur les petits re-plats pour me permettent de reprendre le contrôle. C'est très ludique. Ça fait juste un peu mal aux cuisses. Je débouche ensuite sur une grande piste que l'on suit sur quelques lacets. On bifurque ensuite à nouveau sur un petit chemin en sous-bois avant d'arriver au niveau de l'eau du fjord, où se trouve le dernier ravitaillement. Wha, déjà en bas ? Et dire qu'il y a quelques minutes seulement j'étais tout en haut de la falaise.
Il ne reste plus que 4 km à faire sur la piste cyclable au bord de l'eau jusqu'au camping. Je me détends, je bois un coup et grignote un ou deux abricots secs. Si c'est trop tard pour les jambes, c'est toujours bon pour le moral ! Je boucle ces 4 derniers km en moins de 21 minutes et je franchis la ligne d'arrivée au paradis, 10 petites minutes après Kristof et Nicolas. Kristof m'accueille comme une championne du monde. Je suis euphorique. J'ai vécu des émotions très fortes lors de cette étape dont je me souviendrai. Je suis vraiment heureuse de finir aussi fort après un tel début. Si j'avais encore des doutes sur mes capacités d'endurance, ils sont définitivement dissipés.


Commentaires
1. Le mardi 5 août 2008 à 04:32, par Coccinelle
2. Le vendredi 15 août 2008 à 17:16, par pconvert
3. Le jeudi 11 septembre 2008 à 09:27, par Virginie P.
Ajouter un commentaire