Spectacle grandiose
Lac de Tyin
Quand nous arrivons au bord du lac de Tyin où sera donné le départ, nous sommes tous émerveillés. La vue est superbe : les montagnes enneigées (on est au mois de Juillet à 1200 mètres d'altitude) se reflètent parfaitement sur un lac aux eaux transparentes et lisses. Pour une fois, il n'y a pas de vent. Le soleil déjà bien haut dans ciel (il est déjà levé depuis plus de 6h). Mais le fond de l'air reste frais, nous grelotons un peu en attendant le départ.

Après une petite séance photo, le départ est donné. Nous partons, tel les cyclistes du tour de France, en peloton. Les blagues fusent de toutes parts. Je ne suis pas encore très concentrée et participe joyeusement à cet échange. Mais j'ai froid et décide de prendre la tête du groupe. Les 3 leaders de la course, Nicolas, Kristof et Patrice, m'accompagnent. Nous courons ainsi ensemble une petite heure. Paul, l'organisateur de la course, nous prend en photos à de nombreuses reprises et je continue à faire le guignol.


Etape n°2 : Lac de Tyin - 38km D+680m D-700m Hm1200m - Nicolas, Patrice & Kristof (photo de Florence Alexandre) Premier ravitaillement

Au premier ravitaillement (12 km de course), je suis enfin rentrée dans la course. On est parti assez vite (on court depuis à peine plus d'une heure) mais je suis vraiment à l'aise à cette allure. Incroyable, j'ai déjà faim malgré un copieux petit déjeuner. Les garçons s'attardent un peu, moi pas, juste le temps de remplir la poche latérale de mon sac avec quelques abricots secs, boire un petit verre d'eau et je repars seule. Je suis très vite rattrapée par mon homme qui prend la direction des opérations. Nicolas nous rejoint quelques minutes plus tard d'une foulée dynamique et efficace.


Les choses sérieuses commencent

Après 16 km très roulants, on bifurque sur sur un chemin rocailleux qui nous mène vers un segment de 12 km couvert d'une végétation singulière qu'il va falloir apprivoiser et apprendre à déchiffrer. Il y a là sous mes pieds : des lichens, arbustes et autres mousses, tous gorgés d'eau comme des éponges. Cette toundra se comporte un peu comme un trampoline mou dans lequel je m'enfonce sans qu'il ne me restitue vraiment mon élan de départ. Autre piège de cette végétation : elle cache des pierres sur lesquelles on peut aisément se tordre une cheville si l'on n'est pas assez réactif pour vite changer d'appui. La technique dite du cabri, qui se déplace par petits bonds successifs, est sans doute la plus appropriée, mais cela reste difficile à appliquer après un jour de course déjà dans les jambes. Le balisage est plus difficile à discerner car la ru-balise, emportée par le vent, joue à cache-cache au milieu des arbustes.
Etape n°2 : Lac de Tyin - 38km D+680m D-700m Hm1200m - Nicolas & Kristof (photo de Florence Alexandre)
Nous sommes maintenant de nouveau à peu près groupés : Nicolas et Kristof un peu devant et Patrice et moi quelques dizaines de mètres derrière. La vérité c'est que je m'amuse comme une folle. Assez vite les deux hommes de tête nous distancent et je me révèle assez forte au petit jeu de la recherche de la balise suivante. Je bondis de pierre en pierre, saute sur les buissons pour ne pas trop me tremper les pieds, le tout en pensant à boire et à manger sans perdre de vue les balises. Cette petite course demande une attention de tous les instants et je me régale. Je sens la peau de mon ampoule sous le pied droit qui commence à se décoller mais je préfère ne pas y penser. Je suis bien trop occupée. Patrice est à quelques mètres derrière moi et apprécie ma lecture du chemin à suivre.

Deuxième ravitaillement

Le deuxième ravitaillement est positionné stratégiquement à un passage de guet. Je refais les stocks d'abricots secs et bois un peu d'eau. Kristof et Nicolas sont maintenant hors de vue. Une corde a été tendue pour nous aider à traverser ce bras de rivière de 7-8 mètres de large. J'attrape la corde et je me lance sans trop réfléchir. Il y a un peu de courant mais les pierres ne sont pas trop glissantes. L'eau est plutôt fraiche mais a la délicatesse de ne pas monter plus eau que les cuisses. Généreuse attention. Sur le coup, ce petit bain froid tonifie mais il casse quand même pas mal les jambes et je suis moins tonique en repartant.

Je repars seule car Patrice s'est arrêté plus longuement au ravitaillement. Très rapidement, on attaque une petite ascension, sans chemin précis, au travers de la broussaille. On traversera quelques névés. En haut de la côte je retrouve les deux leaders qui cherchent leur chemin. A trois, c'est plus facile : on trouve ensemble très vite la direction dans laquelle courir. J'en profite pour courir un petit morceau avec ces messieurs. C'est agréable d'être accompagnée, je me sens plus forte.

Marécage

Après environ 12 km de sauts de cabri dans la toundra, on arrive sur une zone un peu plus marécageuse. Kristof et Nicolas vont trop vite. Je ne cherche pas à les suivre. La route est encore longue. Le balisage est de plus ne plus difficile à trouver. Parfois, il vaut mieux deviner et courir dans une direction pour confirmer. On passe ensuite sur une plage au bord du lac. On s'enfonce dans le sable et je dépense beaucoup d'énergie. Mon estomac commence à me signaler qu'il en a marre des abricots secs et Patrice, beaucoup plus fort sur les passages techniques, me dépasse.

Après la plage, on entre dans une zone très "gadouilleuse" : ça glisse, je m'enfonce, j'ai faim et je commence à trouver le temps long. C'est tellement dur que je m'amuse beaucoup moins. Heureusement, on croise Régis le baliseur et Paul qui prend des photos : cette présence humaine me redonne de l'énergie. Ou est-ce ma barre magique au sarrasin qui fait son effet ?

Troisième ravitaillement

Après 15-16 km techniques et difficiles, le troisième ravitaillement arrive comme une oasis. Je suis morte, cela fait 3h55 que je cours. Kristof et Nicolas sont hors de vue depuis un bon moment et même Patrice est loin devant. J'emporte encore quelques abricots secs (plus pur le moral que pour les jambes) et repars. On dois d'abord parcourir un petit kilomètre sur la route avant de rejoindre un chemin roulant sur 5/6 km au bord d'un lac. C'est normalement le genre de parcours que j'aime : joli paysage, terrain facile. Mais le vent s'est levé, je suis épuisée et ces longues lignes droites me semblent interminables. J'alterne marche et course. Je dois aller chercher des ressources dont j'ignorais l'existence mais je tiens bon. Je me motive en pensant à Kristof, qui m'attend à l'arrivée.

Au détour d'un virage, j'aperçois (enfin) le camion de location de l'organisation et donc l'arrivée à quelques centaines de mètres que je parcours dans un dernier effort.

A l'arrivée, mon homme m'accueille comme une princesse, me félicite comme si j'avais gagné les championnats du monde et, comble du comble, m'offre un morceau de chocolat noir ^_^