ItenTout a commencé à Iten

Notre séjour à Iten au Kenya a été déterminant sur bien des aspects. J'ai pris conscience, grâce au kiné Jeroen, que pour progresser en course à pied, il ne me fallait pas juste courir mais surtout renforcer mon dos et mes jambes. A cette période-là, je pensais encore rejoindre un groupe de collègues souhaitant organiser un relais entre La Haye et Munich début Octobre 2007. Kristof et Jeroen m'ont conseillé d'attendre encore un peu pour envisager de faire de l'ultra... et surtout de penser à ma condition physique d'abord, afin de tourner la page des blessures récurrentes.

Puis il y eut la rencontre de Cees Pronk, organisateur du marathon d'Amsterdam. Très généreux et enthousiaste à l'idée de nous faire découvrir "son" marathon, il nous a invités à participer au marathon d'Amsterdam le 21 Octobre. Séduit par cette idée, Kristof m'avait alors prédit un semi en 1h32 et un marathon en 3h22 pour l'année 2007.

Malgré toutes ces évidence, j'ai mis plus d'un mois à accepter l'offre de Cees et à enfin inscrire le marathon d'Amsterdam à mon planning de course. Mon homme, quant à lui, était inscrit sur le semi depuis déjà bien longtemps.

Préparation au long cours

Entre Mai et Octobre, le chemin vers Amsterdam était encore long, mais on n'a pas eu le temps de s'ennuyer une seconde. Nous avons commencé par préparer le Swiss Jura Marathon. Ce fut une expérience formidable, bénéfique en tous points, et au cours de laquelle nous avons pris énormément de plaisir. Nous y avons gagné en condition physique et en force mentale. Et je ne parle même pas du renforcement musculaire des cuisses et du dos !

On a ensuite capitalisé sur cette forme pour enchainer les sorties toniques dans les dunes. Kristof a été un coach et un sparing partner formidable. Ces sorties ensemble, en forêt, ont été tellement agréables, qu'elles ne m'ont pas couté le moindre gramme de motivation. C'est bien simple, je n'avais pas l'impression de m'entrainer mais juste de me faire plaisir à courir avec lui.

Parcours VTT SchoorlAccompagnée comme une pro

Kristof a joué un rôle capital dans cette préparation. Il m'a aidée à mettre en place mon plan d'entrainement et surtout, il a couru avec moi. Rien qu'en se fiant à mon souffle, il a su me faire des fartleks endiablés d'une intensité que je n'aurais jamais atteinte seule. Il m'a aidée à enchainer les séances difficiles dans les dunes et à toujours finir fort. Il m'a rassurée dans les moments de doutes et mis des coups de pieds aux fesses quand je me prenais trop la tête. Un sparing partner irréprochable, jusque dans les dernières sorties avec 10km à allure marathon.

Derniers préparatifs

J'avais lu sur CLM, une intervention d'un coureur (Bogeyman pour ne pas le nommer), qui rappelait que quasiment tous les marathons proposaient aux coureurs de prendre en charge leurs ravitaux persos. Il s'étonnait d'ailleurs que si peu de coureurs en fassent usage. J'ai appelé l'organisation du marathon et on m'a confirmé que ce service était offert. Lors du retrait des dossards le vendredi, j'ai ainsi laissé 2 bouteilles, une pour les 20è et une pour le 30è km.

Enfin, le jour J

Nous sommes venus à Amsterdam dès Samedi. A mon grand étonnement, alors que je ne tenais pas en place depuis une semaine, la veille du marathon, j'ai bien dormi. Je me réveille fraiche et dispose dimanche matin. Le temps est un peu couvert mais il ne fait pas trop froid et le vent est relativement calme. Nous prenons notre petit déjeuner ensemble à 6h00. Du thé, 3 kiwis et un peu de tofu soyeux, ça suffira pour calmer mon estomac jusqu'au départ à 10h30.

J'ai tout vérifié vingt fois : ma puce, mon dossard, mes bouteilles de boisson énergétique. Le semi ne part qu'à 14h00. Un dernier bisou à mon chéri et je pars seule de l'hôtel vers 8h30. J'arrive beaucoup trop tôt au stade, c'est mieux pour mes nerfs. D'ailleurs, par chance, Cees m'aperçoit et m'appelle. Nous nous saluons, échangeons quelques mots et me voilà regonflée à bloc. Je trouve un coin abrité du vent et me tourne face au soleil qui prend soin de ne pas me laisser mourir de froid. Avant le départ, je trottine derrière le stade et je vois les élites à l'échauffement : whaou, qu'est-ce qu'ils/elles vont vite !! Très impressionnant.

Entrée dans le stade

Je me décide enfin à entrer dans le stade à 10h00. Le contrôle à l'entrée des sas de départ est très sérieux. J'ai beaucoup de chance car le mien se trouve au soleil. Je me positionne devant, au milieu. Je ferme les yeux et laisse le soleil me couvrir de son énergie. L'ambiance est formidable et un flux de pensées positives convergent dans ma tête. Je pense à mon homme, à tout ce qu'il a fait pour que je sois là aujourd'hui. Je pense à ceux qui me sont chers. Je me donne confiance en me répétant que je suis prête et que je vais m'amuser.

Et c'est parti !

Youpi, c'est parti. Je suis tellement heureuse que j'en rigole toute seule. Il y a un peu de bousculade au début et le premier repère kilométrique que je vois est le 3ème. 13'55 : pile poil dans les rails. Le parcours décrit une première boucle. Il nous fait revenir sur nos pas tout en empruntant le chemin des derniers km. Ça me permet de constater qu'il y a de légères bosses dans le Vondelpark et que tout ceci sera sans doute beaucoup plus difficile lors du deuxième passage. Mais pour l'instant, tout va bien. Ça zigzague encore jusqu'au km 10 et j'ai l'impression (fausse ?) de faire le yoyo (entre 4'30 et 5'10 au km). Tous les marquages kilométriques ne sont sans doute pas positionnés très précisément. Probablement à cause de ce petit stress, un point de côté s'installe. A ce moment-là, je décide d'arrêter de faire une fixette sur le chrono, et de juste courir et me faire plaisir. C'est mon marathon d'Amsterdam. C'est une occasion unique de courir dans cette ville que j'adore, alors ce n'est pas le moment de gâcher cette chance.

Comme par hasard, tout va ensuite beaucoup mieux. Je trouve une allure agréable. Le peloton s'étire un peu le long de l'Amstel et je me régale. Ce parcours me rappelle les paysages bucoliques de la Geinloop, petite course de village à laquelle nous participons tous les ans. Et là sur la rive opposée, on peut voir l'élite en pleine action. Ils ont déjà parcouru le double de notre distance.

Amsterdam Marathon 2007 Meneurs d'allure

Bientôt nous entamons un demi-tour le long de l'Amstel pour remonter vers Amsterdam. Bien calée sur une allure de 4'40-4'45 au km. Au 20ième km, je me débarrasse de la petite bouteille que je portais depuis le départ et récupère ma première bouteille laissée au ravitaillement. Trop remplie, elle est lourde. Je commence par la vider un peu. La prochaine fois, j'opterai pour bouteille plus petite ;-) Quand on passe le semi-marathon, la montre m'annonce 1h39. Un peu rapide sans doute, mais les sensations sont au beau fixe. Le vent nous fait face maintenant. Petite accélération pour rejoindre un groupe et m'abriter. De l'avantage de mesurer 1.66m, je ne le répèterai jamais assez -_^. Vers le km 23, mon chemin croise un groupe de 3 français : deux coureurs donnent l'allure à une féminine. Le trio semble très régulier, la coureuse (Valérie, dossard 15775 sur la photo) aussi affutée que motivée. C'est décidé, je m'accroche. Un peu plus rapides que mon allure prévue, il avalent les kilos très régulièrement entre 4'35" et 4'40". Bon coup de pouce en perspective !

On reste silencieux. Les garçons, bons meneurs d'allure, restent concentrés et calés sur le rythme. De l'importance d'un métronome. Première expérience en course de ce type, c'est vraiment agréable de pouvoir suivre un groupe. On se concentre sur une chose : courir. Eux, s'occupent de la ligne de temps. Au km 30, ma deuxième bouteille décorée de façon toute personnelle m'attend sagement. Le mélange s'avère trop concentré en sucre. Limite écœurée, j'en profite peu et l'abandonne rapidement.

Avec les kilomètres qui défilent, la lucidité s'évapore. Un basic calcul mental relève de l'exploit. Mais un joli negative split se profile si le groupe tient à ce rythme. Une euphorie passagère invite à une petite accélération, mais le vent lui suggère avec force d'arguments de rester à l'abri.

Au km 35, à l'instar d'Asterix en route vers les légions romaines, il est temps de sortir ma petite fiole cachée dans ma poche arrière. Mon arme secrète, celle qui a déjà assurée une campagne victorieuse à Florence. Gloups ! A la première gorgée avalée, l'estomac se tord. Encore une fois, l'élixir se révèle trop concentré. Mon ventre a décidé une fermeture des frontières unilatérale. Les jambes profitent de cette décision pour envoyer à leur tour des signaux d'alertes : crampes en attente ! Si le rythme change, la catastrophe est assurée. La foulée se fait plus prudente, tout en essayant de préserver le beau chrono qui se profile.

Zen

Les séances de yoga apprennent la relaxation. Le moment de la mise en pratique est arrivé. Les mentras de la prof de yoga reviennent et m'accompagnent. Valérie marque également le pas. Elle a perdu le contact avec ses deux meneurs d'allure alors que nous entrons dans le Vondelpark. Les petites bosses repérées lors du premier passage ont doublé entre temps ! Les couleurs chaleureuses de l'automne déroulent un magnifique tapis rouge sur la traversée du parc. Inspirations, expirations. Je regarde et profite. Tentatives de détourner mon attention des crampes. Se concentrer sur la respiration. Profondes inspirations et expirations. Les crampes à l'estomac finissent par s'estomper pour laisser la place à un regain d'énergie. Alors que je passe entre des coureurs en errance, une phrase d'un autre CLM (Edhistoire) résonne : "toute la force du monde se trouve dans le bas ventre des femmes".

Le stade à portée de main

Le stade n'est plus très loin. Il ne reste bientôt plus qu'un km. Pour ne pas gâcher mon plaisir, je ne regarde pas la montre, il semble que j'ai réussie à limiter la casse. L'entrée dans le stade s'annonce comme un vrai moment de bonheur. Le speaker annonce le départ du semi dans 12mn. Kristof est là, tout proche, dans son sas de départ. Même avec un cerveau ramolli par l'effort continu, partie depuis 3h18, la barre tant convoitée des 3h20 est encore accessible.

L'entrée dans le stade est un grand moment d'émotions et de soulagement aussi. Après l'entrée, sur la piste, on se prend pour un champion. C'est grisant. 200m à parcourir dans le stade. A la fin du virage, le chrono au loin indique un peu moins de 3h18. Un dernier effort pour passer la ligne d'arrivée. Heureuse. Je retrouve tout de suite mes meneurs d'allure que je remercie. Je m'empresse de féliciter Valérie. Elle a franchi la ligne d'arrivée quelques secondes avant moi. C'est seulement après que je baisse les yeux sur ma montre : 3h18'07" !! Formidable ! Je suis sur un nuage. L'appel de la musique est trop fort et je commence à danser sous les regards ébahis des coureurs éreintés assis ou allongés sur les côtés du stade.

Après la lenteur s'invite agréablement. Je prends mon temps, savoure ces moments d'après course. Bonheurs simples. Mon homme va bientôt s'élancer à son tour, il sera très heureux pour moi. Pas de doute sur le fait qu'il se fera également plaisir.

Le lendemain

Après la course, retour tranquille à l'hôtel, une bonne douche, manger un peu. C'est en pleine forme que j'accueille Kristof à son retour. Il est ravi par sa course. Nous fêtons nos courses follement avec une bouteille d'eau pétillante au bar -_^ La nuit sera plus difficile. Les jambes vidées, j'éprouve beaucoup de mal à dormir. La bonne surprise c'est l'absence de courbature le lendemain matin. Nous nous offrons une superbe journée de balade en amoureux à Amsterdam. Tous les journaux locaux parlent du marathon. Ils rapportent tous la même dépêche illustrée avec le même cliché de Kamiel Maase - le champion néerlandais - en plein effort le long de l'Amstel. On peut parler de consensus ;-)

Amsterdam Marathon 2007 Amsterdam Marathon 2007

En rentrant à la maison, on découvre les photos et les vidéos des courses de dimanche. Le coach perplexe se demande bien comment je fais pour courir si vite et toujours avoir l'air à l'arrêt. C'est tout un art, voyons ! Et une des clefs, c'est de faire de tout petits pas.