Florence 2006 : la joie pour finir, le bonheur de l'après
Par Kristof, mardi 5 décembre 2006 à 20:13 :: Chronique Florence :: #220 :: rss
Fin novembre c'est un peu tardif pour la météo hollandaise. J'ai conclu ma préparation calfeutré dans une tenue longue et épaisse d'hiver en tirant la langue sous la pluie et face au vent du nord. J'envisageais ma participation à reculons... mais une nouvelle fois, le soleil, l'effet honeymoon, la beauté de la ville, l'intensité de l'expresso ont vite pri le pas sur la raison ! Avec la fougue et l'énergie de l'inconscient, me voilà lancé de façon inconsidérée à l'assaut de ce deuxième marathon. • La décision :
Kecily a connu une année 2006 perturbée par un enchaînement malheureux de blessures. L'agenda des courses a été revu drastiquement à la baisse. Il a suivi le mouvement du moral de la miss, qui s'est réfugié dans ses chaussettes. Mon programme d'automne se résume alors à un 30km et un semi aux Pays-Bas. Démobilisée, sans confiance, sans motivation. méconnaissable la miss kecily. Ma motivation marque le pas.
L'annulation de toutes les courses a eu un effet positif ! Kecily a recommencé progressivement à courir juste pour le plaisir sans se mettre une quelconque pression... Effet secondaire amusant ou comment le naturel revient au galop ! Quelques temps après, j'apprends via une discussion sur internet, que nous sommes embarqués pour le marathon de Florence. Un grand merci à La_Tortue et PConvert sur ce coup-là ^_^
Et voilà Kecily qui s'emballe de nouveau et ne se déplace plus que par bonds façon marsipulami sous le regard terrifié de Calvin, le chat. Que faire face à un esprit bondissant ?.. rien si ce n'est de lui proposer de fêter son anniversaire en Toscane !
Ma capacité d'adaptation n'a d'égale que ma faignantise. Me voilà engagé dans l'aventure et de proposer un plan ad-hoc ! Du plaisir, peu de volume, du quali en souplesse. Une programmation aux oignons avec un séjour d'oxygénation-dépaysement à la Montagne en passant par Barcelone pour entamer les 12 semaines de préparation Marathon ! un test de 30km pour fêter mon anniversaire et enfin un semi en fôret pour la route ^_^
• Mon défi : Ne pas arrêter de courir alors que je viens de me relancer en indépendant.
La première fois que j'ai lancé un projet de ce type, j'avais arrêté de pratiquer mon sport de l'époque, le water-polo. Cette fois-ci, il faut essayer de faire cohabiter les deux ! L'objectif de recourir un marathon doit permettre de garder la motivation. La charge de travail, le planning variable et la fatigue liée aux transports me poussent, dès que 5mn de pause se présente, à plonger dans le sofa jalousement gardé par Calvin le chat. Il faut un contre-poids et ce sera la perspective du marathon de Florence !
• La préparation :
Ce deuxième marathon ponctue mes deux premières années de pratique de la course à pied. Bien conscient de ne rien savoir de la préparation idéale pour un marathon et de ne rien maîtriser de cette distance, j'ai pri le problème à l'inverse : faire de mon mieux en fonction de mes possibilités.
Qu'est ce que je peux me permettre de faire compte-tenu de mon boulot et donc de mon emploi du temps ? Réponse rapide : 3 jours par semaine ! Aucune sortie longue pour éviter de se fatiguer. Entre 50 et 68km par semaine avec un pic à 75km au milieu de la prépa. Une semaine de repos systématiquement avant/après les courses et à la suite de 3 semaines plus intenses. Quelques bi-quot en milieu de prépa. Une baisse du volume dès les premiers signes de fatigue. Des sorties courtes que je finis progressivement autour de mon allure marathon.
Les courses en début de prépa jouent le rôle de repères. ! Le 30km a été une révélation - j'adore cette distance que je n'avais jamais parcouru auparavant. Le Semi du bonheur au milieu de la fôret ^_^ Après quelques arrondis et un calcul simpliste : j'ai couru un 15km en 4', le semi en 4'10", le 30km en 4'20" donc je dois pouvoir courir un marathon en 4'30" ! Euh ca c'est la théorie, je dois me rappeller la fin catastrophique de mon premier marathon à Berlin... le marathon est tout sauf ma distance de prédilection. Donc un 4'38" / 4'40" semble beaucoup plus réaliste, soit 3h15 ! (et quelques 7mn à gratter sur ma première tentative).
• J-2 : Arrivée à Florence
La fin de ma préparation a été catastrophique. Une fatigue tenace qui ne semble plus vouloir se résorber. Les 4 heures de transports qui entourent mes journées de travail pèsent de tout leur poids. J'ai à nouveau baissé le volume et l'intensité sur les dernières semaines.
Je monte dans l'avion à Schipol avec une pensée fixe : dormir ! ce que je fais dès l'envol de l'appareil. Arrivé à Florence après avoir récupéré les dossards, même idée fixe : dormir ! J'abandonne Kecily, qui s'apprête à retrouver les CLMs, pour les bras de Morphée.
Samedi matin, après ce qui ressemble pour moi à une grasse matinée, un petit dej pantagruélique me renplume. On décide d'aller à la découverte de Florence.
• J-1 : La renaissance à Florence
Piazza della Republica, un expresso sur le marbre de la caffetteria-pasticceria Gilli. Et là déja je sens que je vais me plaire.
La ville est belle. Elle se dévoile d'une Piazza à l'autre - Santa Croze, Del Duomo, St Maria Nuova, Del Giglio... - en suivant les Via de la vielle ville. Les Palais. Les édifices. Le marché ses tomates et champignons seichés, ses oranges vertes de Sicile, ses saveurs. Un expresso divinement serré dans une jolie tasse. Une trattoria avec des pates al-dente aux champignons, une purée de tomates au pain, basilic et huile d'olives. Si simple et si bon. Voilà que peu à peu, la fatigue s'estompe. L'esprit est à nouveau voyageur, joueur. Petite renaissance ! Et sans le vouloir, on a fait le tour de la ville. A suivre, une soirée au calme porté par les images de la ville.
Pas besoin de carbo-loading, végétariens, notre alimentation habituelle est naturellement très riche en sucres lents. On a privilégie simplement une alimentation digeste et plus légère que d'habitude. Le ventre ainsi reposé va laisser les jambes s'exprimer.
• Le jour J : sous le soleil
On retrouve les autres CLMs dans le hall de l'hotel. Direction le départ de la course sur les hauteurs de Florence, Piazzale Michelangiolo, avec la vue panoramique sur Ponte Vecchio. Le soleil se lève pour nous saluer. La météo s'annonce idéalement, il fait bon, pas de vent, pas de pluie.
Après une descente sur la ville, le marathon se court dans les quartiers périphériques, le parc et sur une petite moitié dans le centre historique.
Légère bousculade au départ et nous voilà parti pour 42,2km... la descente n'est pas idéale pour se caler sur un rythme ou s'échauffer en douceur mais elle offre une super vue sur Florence en contre-bas, ce qui est bien le plus important.
J'ai opté pour un berlingot de miel pour agrémenter l'eau plate prise aux ravitos. Mon estomac est resté farouchement opposé à toute boisson dite sportive. L'organisation est parfaite et très présente pour la circulation et les ravitos. J'apprecie également les stands éponges tout au long du parcours.
Le jeune fou bondissant reste fidèle à lui même et à sa vision tout personnelle et chaotique de la façon d'appréhender un marathon ! Me voilà qui passe sans crier gare, les 14km en une heure ! Sur les bases de 3h pour un objectif de 3h15, c'est du grand n'importe quoi... mais qu'importe tant que cela m'amuse ! Je retrouve progressivement un peu de sens commun et m'oriente vers un semi en 1h32. Les sensations sont bonnes, même si je ne me fais aucune illusion sur mon entrainement revue à la baisse et sur les conséquences logiques de la fatigue accumulée en fin de prépa. Globalement les jambes tournent sans se poser plus de question jusqu'au 30ième km laissant à l'esprit et aux yeux la joie de revisiter cette jolie citée. Je le passe en 2h14, un chouillat plus réaliste mais encore complêtement inconscient !
Et là, survient l'idée simpliste et le calcul à la louche comme je les affectionne ^_^ Si je baisse de rythme pour finir cool, je peux envisager de courir les 12 derniers kilo en 1 heure soit à 5' au kilo, tout en étant toujours bon pour l'objectif des 3h15. Le gros mérite de cette idée est de tenter d'éviter la fin catastrophique connue sur mon premier marathon à Berlin - où j'avais des temps intermédiaires très similaires avant un gros passage à vide.
Tout esprit sensé jugera que c'est du grand n'importe quoi ! Mais voilà la raison après 30km ne rencontre pas toujours les canons de la théorie et c'est avec une certaine délectation que je bascule en mode "footing". Très vite d'ailleurs, je réalise quand continuant au même rythme je courrais au mur. Je profite pleinement du cadre, d'autant plus que je cours maintenant dans la veille ville sous les encouragements d'un public de touristes réchauffés par le soleil qui accompagne ce marathon.
Je l'avoue cette distance reste plus forte que moi. Je ne sais toujours pas comment l'aborder, la préparer, la vivre et la finir ! Après 35km, mon esprit ne peut s'empêcher de se demander à quoi bon continuer ?! En plus pour un amateur de chiffres ronds, 40km aura beaucoup plus de gueule que cet espèce de 42,198 alambiqué pour l'unique bon désir d'une vieille aristocrate. Heureusement la fin de parcours offre des points de vues qui font oublier les km qui défillent plus lentement.
Aaarghh je n'aime pas le boucle en fin de parcours où l'on longe sur 1km une portion que l'on va prendre dans l'autre sens... c 'est rédibitoire cela me mine le moral. Et là damned, alors que je rale sur le topographe en chef, voilà que les ballons de 3h15 me chargent, puis me doublent dans le bruit et l'effroi !
Punaize toto, tu te serais pas gourré dans tes calculs à 2 cents d'euro par hasard ?? Force est de constater que mes facultés aux calculs mentales ont été affectées par les km. Impossible pourtant d'accélerer dans la dernière ligne droite, je suis cuit. Je m'accroche...
Là au dernier détour du parcours, je découvre la place, le public, la ligne d'arrivée... la délivrance ! Du bonheur ! Je ressens une joie intense au moment de passer la ligne salué par la foule. Je fais le guignol et réalise avec bonheur que je ne suis pas si nul en calcul mental que ça ^_^ (à quelques secondes près, c'est tout bon pour les 3h15).
Oranges, bananes, pommes et thé chaud ! Soyons fous. Avalons plus que de raison. Léger étourdissement au moment de s'assoir. Il faut marcher, manger, sourire comme un benet et apprécier ses minutes formidables liées au bonheur simple d'une arrivée de marathon. Joie basique, courbatures qui s'annoncent, fatigue saine liée à l'effort inconsidéré pour un plagiste de mon espèce.
Il fait beau. La ville est belle. La vie est belle. Et moi j'ai l'air de rien dans ma couverture de survie. Je marche comme un petit vieux avec un sourire de benet. Heureux.
• Joyeux Anniversaire Kecily ^_^
Je retrouve Kecily en pleine forme, heureuse, après - cerise sur son gateau - une super perf. La miss maîtrise clairement mieux l'art et la manière de dompter 42km. Chapeau bas. On retrouve ensuite la tribu florentine de CLMs. Je ne suis pas le seul à avoir opté pour la tenue "sourire béat". Une fois remis de mes émotions, c'est en cultivant mes courbatures et mon sourire de benet que je vais de bonne grâce passer une super fin de week-end et début de semaine à Florence avec Kecily. Caffetteria. Trattoria. Pasticceria. Cioccolateria. J'en passe. La carte bleue prend feu entre les bottes en cuir et la veste idéaaaale pour passer l'hiver. Kecily est ravie. Pour ma part, je conserve mon air béat et savoure chaque instant.
Si je n'ai encore rien compris à l'art de courir un marathon, je crois que je commence à bien maîtriser le savoir-vivre de l'après course !


Commentaires
1. Le mercredi 6 décembre 2006 à 04:30, par Boris
2. Le mercredi 6 décembre 2006 à 06:54, par pconvert
3. Le mercredi 6 décembre 2006 à 15:16, par mamantoto
4. Le jeudi 7 décembre 2006 à 01:26, par pconvert
Ajouter un commentaire