Inscrite en Novembre, je me fixe rapidement l'objectif de courir ce marathon en 3h30. Rome est le marathon choisi par mes collègues de travail comme sortie annuelle de notre jogging club. Nous sommes 7 coureurs engagés (+ de nombreux accompagnateurs), et nous nous soutenons dans nos préparations respectives.

La mienne fut pour le moins diversifiée. Elle a débuté en Décembre par un mois de trail dans la forêt pluviale de Singapour où j'ai gagné en endurance et en puissance. Puis vint Janvier au cours duquel j'ai augmenté le volume dans le froid humide de La Haye. En Février (qui ne fut ni plus chaud ni moins arrosé), j'ai essayé d'apprendre le rythme de ma course (5'/km) avec des sorties tempo. Enfin en Mars, j'ai fait des tests : sur 15 K (Bruggenlooop, Rotterdam) et sur semi (Kuala Lumpur, Malaisie), puis j'ai fini en douceur à Singapour avec Kristof.

En partant à Rome, j'ai le sentiment de m'être bien préparée et j'ai "relativement" confiance en moi.

Mon séjour dans la ville éternelle commence très bien : dès le vendredi soir, je retrouve La-Tortue et Pconvert pour dîner. Quel plaisir de discuter avec ces baroudeurs, qui me donnent quelques derniers conseils.

Pour ne pas perdre le bénéfice de ma préparation, j'abandonne mes compagnons de voyage la veille de la course pour rester concentrée. Je passe donc mon samedi à flâner, tranquillement. Je marche peu et me dis qu'il sera d'autant plus fort en émotions de découvrir les merveilles de Rome lors de la course. Alors, je m'installe aux terrasses des cafés où je prends des leçons de "dolce vita" et de "lunettes de soleil" (les Italiens sont des candidats très sérieux au tître de champions du monde en matière de lunettes de soleil). Je prends beaucoup de plaisir à faire mon carbo-loading -_^ Il faut dire que c'est l'endroit idéal pour trouver des pâtes délicieuses.
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Dans la nuit d'avant course, je ne dors pas trop, mais je suis étonnemment calme et confiante, sûre d'avoir mis toutes les chances de mon côté. Je me sens prête. Je pense à Kristof qiu s'élance à ce moment-là sur le parcours du semi-marathon de Kuching (Sarawak, Malaisie).

Levée à 5h pour une petite collation, je retrouve mes collègues à 7h30 et nous marchons jusqu'au Colysée. Le temps est splendide et la température idéale. Le cadre est superbe et vraiment très impressionnant. Je me sens bien. J'ai envie de courir. Je suis calme et je déguste les instants qui précèdent la course.

A 9h15, le départ est donné sur la via dei Fori Imperiali. Ce qui suit est du bonheur en barre. Dès le départ, je suis dans le rythme et je trouve facilement ma place dans la foule des coureurs. Au 3è km, j'ai un point de côté mais je sens qu'il est causé par une digestion un peu lente et ne m'affole pas. J'arrive à m'en défaire après seulement 3 ou 4 km. Il sera suivi par des douleurs aux intestins pendant environ 20 km mais c'est supportable et ça ne me handicape pas trop. Au passage au 10è km, je suis un peu en avance mais je ne suis pas aussi "facile" que je le souhaiterais. Mes ischio-jambiers me titillent. Ca tirent derrière les cuisses un peu plus à chaque foulée, particulièrement dans les descentes. J'essaye de rester relâchée.

Je franchis le semi dans le même temps qu'au semi de Kuala Lumour (1h42'05) il y a 3 semaines. Je constate avec bonheur que je suis beaucoup plus fraîche aujourd'hui. Cela me donne confiance. Je me sens capable de remettre le couvert pour une deuxième moitié.

Le parcours est depuis le départ un pur enchantement : la Piazza Venezia et le Campidoglio, l'arrivée triomphale vers la basilique Saint-Pierre pour ne citer que quelques passages remarquables. Un peu avant le km 30, nous revenons dans la vieille ville où la célèbre Piazza Navona et ses envoutantes fontaines nous accueillent majestueusement. Je suis émerveillée par ce spectacle et ne vois pas mon collègue Wim que je dépasse. Mais lui me reconnaît et m'encourage.

Peu après le 30ème km, nous faisons le tour de l'extraordinaire Piazza del Popolo et du Pincio. C'est l'endroit qu'ont choisi nos accompagnateurs pour nous encourager et nous prendre en photo. Leur enthousiasme me donne un coup de fouet qui fait énormément de bien.

Un peu plus loin, des touristes que j'avais rencontrés dans l'avion se trouvent par hasard sur le parcours du marathon au moment où je passe (d'où l'énorme avantage d'un parcours qui passe devant autant de lieux touristiques : les touristes sont des spectateurs supplémentaires qui ajoutent encore de la bonne humeur à l'ambiance générale). Ils me reconnaissent dans la foule des coureurs (petit miracle) et crient mon nom. Je suis portée par un doux mélange d'adrénaline et d'endorphines et fête ça avec une gorgée de miel.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. Quelques centaines de mètres plus loin, nous longeons l'éblouissante Fontana di Trevi : une pure merveille.
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Au km 35, les choses difficiles commencent. Le parcours est tel que l'on croise les coureurs qui ont 4 km d'avance. Les ischio-jambiers commencent à faire vraiment mal. Les douleurs aux intestins se réveillent. Je me sens faible et le miel n'y change rien. Je dois ralentir. Au km 37, mon estomac est plein d'air et je dois marcher pour évacuer cette gêne. Le ravitaillement du 40è est situé dans une montée et là encore je marche et prends mon temps.

Et puis, très vite, on apperçoit le Colysée. Je retrouve la force de courir presque au rythme prévu, je suis portée par la foule, par la beauté du site.
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Je passe la ligne en 3h28'48, heureuse, comblée. Je pense à Kristof et j'éclate en sanglots. Les émotions se bousculent. Quel pied !

C'est seulement après que je constate que je n'ai mal nulle part. Je ne suis ni assoiffée, ni affamée. Je vais bien, je suis même capable de monter et descendre du trottoir sans grimacer sous les courbatures.

Je suis heureuse. Je L'ai fait, contrat rempli. Ce que je n'attendais pas c'était de prendre autant de plaisir.

Le soir, nouveau dîner avec La-Tortue et Pconvert, toujours aussi enthousiastes, qui arborent fièrement leurs médailles.
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Merci Kristof pour tes précieux conseils et ton soutien à toutes épreuves. Merci à tous, amis et inconnus qui m'ont encouragée pendant la course. Merci Rome de m'avoir si bien récompensée.

PS : J'ai une pensée particulière pour ma chère grand-mère que j'ai perdue quelques jours avant le marathon et qui a, j'en suis sûre, veillé sur moi comme un ange gardien pendant la course.

(NDLR : ce recit a ete publie egalement sur CLM - Courir Le Monde - lien ici, on a simplement ajoute des photos.)