Rob : Easy Runner!
Par Kecily, lundi 31 octobre 2005 à 05:47 :: Insolite :: #55 :: rss
Dans un pays où tout le monde fait du vélo, où les garçons jouent au foot et les filles au hockey, j'ai recueilli le témoignage d'un adepte de la course à pied. Rob, 53 ans dont 20 ans avec les runnings aux pieds, est une figure emblématique de ce sport à l'OEB (Office Européen des Brevets). Il m'a accordé une interview lundi dernier, au cours de laquelle j'ai découvert un coureur humble et passioné.Kecily [K] : Comment et quand as-tu commencé à courir ?
Rob [R] : J'avais 33 ans et il me manquait un défi dans ma vie bien réglée. J'étais marié, nous avions à l'époque déjà deux enfants (deux autres suivront), une belle maison, un boulot stable... Je n'étais pas sportif du tout à l'époque mais je voulais mettre un peu de piment dans tout ça. Nous avons fait le pari avec mon copain Jaap que nous finirions l'un et l'autre un marathon dans l'année.
[K] : Comment se sont passés les débuts ?
[R] : Pas facile au début, pas très drôle non plus. Je trouvais ça un peu ennuyeux. En plus, en 1984, on ne trouvait pas de plan d'entraînement sur internet, et il y avait peu de boutiques spécialisées pour s'équiper. Le coeur et les muscles s'habituent assez vite à ce nouvel effort, mais un mauvais choix de chaussures ou des erreurs d'entraînement conduisent vite à la blessure si on n'y prend garde. Par chance, il y avait des coureurs expérimentés à l'office. Ils m'ont conseillé sur l'entraînement et l'équipement. Surtout, je les suivais pendant leurs sorties, ce qui rendaient les séances d'entraînement beaucoup plus sympas. Et petit à petit, j'y ai pris goût. Plus on est entraîné, plus c'est agréable, plus on a envie et plus on y prend plaisir.
[K] : Et ce premier marathon alors ?
[R] : C'était le Apeldoorn midwinter marathon (NDLR : ça c'est pas du marathon de fillettes ! En plein hiver, comme son nom l'indique. Il y a quasiment toujours de la neige, ou de la neige fondue, ou du verglas. Le tout se court en forêt. Remarquez, le cadre est exceptionnel). J'ai trouvé ça tellement bien que j'ai eu envie de recommencer.
[K] : Et ensuite, les marathons se sont enchaînés ?
[R] : Oui, en moyenne 2 ou 3 par an. Parfois, je me décide au dernier moment, sur un coup de coeur. En fait, je cours à l'année, je ne fais pas forcément de préparation spécifique. L'entraînement, c'est mon pain quotidien, et les marathons, c'est le dessert, la récompense. Alors quand une course me fait envie, je m'inscris.
[K] : A quoi ressemble une semaine type de ton entraînement ?
[R] : En fait, je cours au feeling. Je dois faire environ 60 km par semaine, peut-être 80 dans les semaines qui précèdent un marathon. Mais je n'ai jamais compté ni tenu de carnet d'entraînement. En gros, je sors 4 fois dans la semaine et je fais une sortie d'au moins 1h30 le weekend. En revanche, j'utilise un cardio et surtout j'écoute mes sensations. Si je ne me sens pas bien, je n'y vais pas.
[K] : Ca représente pas mal d'heures d'entraînement, comment cela affecte-t-il ta vie familiale et professionnelle ?
[R] : Nous avons la chance de pouvoir courir à l'heure du déjeuner. Il y a donc peu de répercutions sur la vie professionnelle ou familiale. Et puis, le weekend, je me lève de toutes façons avant toute la famille, ils remarquent à peine que je suis parti courir.

[K] : Est-ce que tu as déjà été blessé ?
[R] : J'ai connu un cas léger de surentraînement : j'ai eu des douleurs aux tibias et j'ai dû lever le pied. Mais en courant un peu moins et moins vite, tout est rentré dans l'ordre. J'ai aussi eu des problèmes de dos, mais il est diffcile de savoir si c'était lié à la course à pied. D'ailleurs, alors que j'étais en traitement chez le kiné, j'ai décidé de m'inscrire à un marathon. Je suis sorti de son cabinet et lui ai annoncé que j'allais courir un marathon le WE suivant. Il m'a déconseillé de le faire et devant mon entêtement, m'a pris pour un fou. J'ai couru ce marathon très prudemment et je n'ai ressenti aucune douleur. Depuis, je n'ai plus eu mal au dos !
[K] : Quel est ton meilleur souvenir de course ?
[R] : En fait, je crois que ton meilleur souvenir, c'est ton meilleur temps.
[K] : Soit, et quel est ton meilleur temps alors ?
[R] : Je ne m'en rappelle plus !! Un comble...C'était dans les années 90... Du coup, ce que je viens de dire ne pas être vrai pour moi...Mais je me souviens du temps de mon 40ième marathon (Rotterdam) : c'était le 04-04-04 et j'ai mis 4H04min04s.
[K] : Bravo, bien calculé, j'espère que tu n'as pas pris froid au dernier ravito en attendant le bon moment pour franchir la ligne. C'était ça ton meilleur souvenir ?
[R] : En fait, il y en a beaucoup. Je garde une émotion pariculière pour le Midwinter, c'était mon premier et il reste un marathon un peu spécial pour moi. J'ai aussi beaucoup aimé le Zeeuwse Kust marathon. J'ai eu la chance de participer à la première édition. Le parcours est fabuleux, il se court le long de la mer, en partie sur le sable et dans les dunes. Je garde aussi un excellent souvenir de ce relais que nous avons fait pour relier l'office de La Haye et celui de Munich : 1007 km parcourus par deux équipes de 6 personnes en 73h. L'aspect course en équipe m'a beaucoup plus. Mais j'ai aussi fait des courses en France que j'ai beacoup aimées. J'ai participé deux fois au Médoc. Ah, ça c'est une course !! La première fois, je n'avais pas bien compris, je n'ai bu du vin qu'à partir du deuxième semi.
[K] : Tu étais géguisé ?
[R] : On était en "Oranje" (NDLR : surnom des joueurs de l'équipe nationale hollandaise de foot). Mais la deuxième fois, comme j'avais déjà réussi mon coup avec les 4h04min04s, j'ai fait le Médoc en 5h05, et j'ai bu du vin dès le premier ravito ! Mais quelle ambiance ! C'est vraiment une course à faire en groupe pour profiter de l'ambiance. J'ai aussi beaucoup aimé la course des crêtes vosgiennes. Mais c'est une course de montagne : dur pour un hollandais ! Et puis les Français sont fous : ils déboulent comme des fondus dans les descentes !! En 2003, on a participé à la fameuse Marseille-Cassis. J'ai été très surpris par le nombre de femmes : il y en avait beaucoup plus qu'aux PAys-Bas.
[K] : La participation des femmes dans les course, c'est un sujet qui me tient à coeur, tu peux nous en dire plus ?
[R] : J'ai vraiment l'impression qu'il y a plus de coureuses en France. Je pense que c'est parce qu'il y a beaucoup plus de courses festives en France. Aux Pays-Bas, les gens qui s'inscrivent sur des courses, sont membres de clubs, s'entraînent régulièrement. Et c'est la même chose pour les femmes. En revanche, en France, les gens ne sont pas là que pour courir. Il sont là pour profiter de l'ambiance et de l'atmosphère festive de l'événement. Je pense que c'est ça qui attire une population plus variée et donc plus de femmes sur les courses en France.
[K] : Quel est ton pire souvenir de course ?
[R] : Humm, je n'en ai pas vraiment...Plusieurs fois j'ai participé à des courses alors que j'étais malade et ce n'était vraiment pas une bonne idée.
[K] : Que fais-tu des médailles et des dossards après une course ?
[R] : En général, je garde les médailles et la plupart des dossards. Je conserve aussi les prospectus des courses auxquelles j'ai participé.
[K] : Cela 20 ans que tu cours, qu'est-ce qui a changé dans ta pratique de ce sport ?
[R] : Je n'ai jamais été très orienté sur le chrono, mais c'est sûr qu'avec les années, ce n'est vraiment pas ma motivation principale. La course à pied, c'est un bon moyen de rester en forme, de ne pas se laisser endormir, ça oblige à faire attention à la diététique un minimum. J'apprécie de plus en plus l'aspect social de la chose. S'entraîner en groupe le midi, c'est vraiment la meilleure des pauses déjeuner qui soient. Participer à des courses, c'est se sentir porter par l'ambiance. Et puis, l'aspect découverte est important. Lors des courses, on en profite pour faire un peu de tourisme et organiser le déplacement comme un petit voyage. Le marathon en lui-même, n'est qu'une formalité. Lors des entraînements aussi, je cherche à découvrir. Après 20 ans de pratique, je cherche toujours de nouveaux endroits où m'entraîner.
[K] : Tu es un coureur expérimenté maintenant, quels conseils pourrais-tu donner à un débutant ?
[R] : Il faut savoir écouter son corps, ne pas forcer quand il refuse. Sinon, c'est la blessure garantie ! Le plus difficile, c'est quand on ne se sent pas bien avant une course. On s'est entraîné, on s'est inscrit, alors on veut courir. Mais courir en étant malade, c'est vraiment à éviter.
[K] : Merci Rob, quelle sera ta prochaine course ?
[R] : Ce sera Athènes, le 6 Novembre prochain.
[K] : Bonne chance.
[NDLR] Cet article est egalement accessible sur CLM (Courir Le Monde.org) avec l'ensemble des recits de course de Kecily, pour visualiser l'article et les commentaires, cliquez ici .


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