La prépa :

Cela fait un an, date de notre installation aux Pays-Bas, que j'ai commencé à courir de façon régulière avec Kecily. Les choses se sont enchainées assez vite et on a trouvé le temps cette année de participer à une douzaine de courses dont 5 Semi-Marathons aux Pays-Bas et ailleurs en Europe. Alors participer au marathon de Berlin, le weekend-end de mon anniversaire, m'a semblé naturel même si je ne suis qu'un débutant. Cerise sur le gâteau d'anniversaire, pConvert et La-tortue seront de la partie, nous les rencontrons pour la première fois à cette occasion !

Ma préparation spécifique a débuté en juillet dernier. Pour des raisons pratiques j'ai opté pour un mode d'entrainement original basé sur des sorties courtes (jamais plus de 8km) , c'était en effet beaucoup plus simple pour moi de courir un peu le matin et un peu le soir que de trouver un moment pour faire une sortie longue. Mais pour le débutant que je suis, il n'était pas vraiment envisageable de faire plus de 60km par semaine (même si cela peut paraitre un peu léger pour un marathon). Les rares semaines où j'ai couru 76km, j'ai bien réalisé que je n'avais pas les moyens physiques d'aligner plus de kilomètres. Je me suis donc préparé à mon rythme, tranquillement pendant 12 semaines en faisant également attention à mon alimentation. On a couru deux petites courses cet été, le 15km du tour de l'ile d'Aix lors d'une semaine de vacances en France et le Semi Marathon de Stockholm deux semaines avant le marathon.

L'avantage de ce rythme c'est que j'ai fini ma préparation plutôt frais physiquement, sans blessure ni ras-le-bol. Par contre avec la rentrée, le quotidien a repris le dessus ! Après quelques bouleversements, une grosse série de nuits studieuses et des travaux d'aménagement, je suis arrivé un peu épuisé à Berlin.


J-1 : Arrivée à l'aéroport de Berlin à 11h du matin.

Première bonne nouvelle, il faut beau. L'hôtel est très sympa, en plein centre donc à proximité du départ de la course. Après un passage rapide à l'hôtel direction le village Marathon en métro, Berlin s'est grand, très grand ! Une fois sortis du métro pour trouver le salon c'est très simple, pas besoin de regarder les panneaux, il suffit de suivre le flot.

Le système de location de la puce et sa récupération évoquent une culture administrative très pointilleuse… il faut faire la queue pour payer la caution de la puce, refaire la queue pour récupérer son dossard et ensuite refaire la queue pour faire activer une puce avec son dossard pour enfin la recevoir. Après la course, on récupère en liquide une partie de la caution moins les frais de location. On peut si on le souhaite payer d'avance la caution de la puce sur internet pour éviter de faire la première queue. Je tiens à remercier toutes les personnes ayant gentiment lu ce paragraphe dans son intégralité !

Le village est sympa surtout quand on apprécie la marque à trois bandes, qui est à Berlin en terrain conquis. Après avoir acheté des choses totalement inutiles et donc absolument nécessaires, avalé une portion de pâtes, nous voilà reparti pour l'hôtel et une petite pause bien méritée.

En début de soirée, on assiste sur "Unter Den Linden" ("Sous les tilleuls" où les Champs Elysés de Berlin) à l'arrivée du Marathon des rollers en ligne, très impressionnant et vraisemblablement très casse-gueule ! Ensuite on retrouve les autres CLMs (pConvert, la-tortue, Nono83, DD) et un couple d'amis des Convert pour manger des pâtes. Très sympa de se rencontrer et de mettre un visage sur un pseudo… et là je dois avouer que pConvert et la-tortue sont des êtres humains, charmants et surtout tout à fait normaux ! Et pas des coureurs bioniques de synthèse, s'auto régénérant après chaque course comme leur planning chargé pourrait le suggérer. Je n'ai pas réussi à percer leur secret. L'énigme en reste là : comment courent-ils ? où vont-ils trouver toute cette énergie ? pour Kecily comme d'hab tout cela est une histoire de honeymoon.

Première erreur de jeunesse, je n'ai pas bu assez la veille de la course… l'esprit occupé parce qu'il y avait tout autour de moi, je n'ai pas fait ce que je fais pourtant avant chaque course.

Le soir, je prépare tranquillement mes affaires pour le lendemain. Après une courte réflexion c'est décidé, je vais courir le premier semi comme le jeune fou que je suis et ensuite on verra bien. L'important c'est d'en profiter sans se blesser. Un premier marathon c'est une bonne occasion pour faire toutes les erreurs du débutant. Rétrospectivement je ne crois pas en avoir oublié beaucoup ^_^


Le Jour J :

Je me réveille doucement avec une petite balade matinale pour rejoindre le Tiergarten, le jardin d'où la course s'élance. Petit à petit des coureuses et coureurs encore engourdis apparaissent aux coins des rues avoisinantes pour se regrouper doucement vers les zones de départs à l'abord du jardin. L'ambiance s'échauffe avec le soleil qui pointe le bout de son nez. Dès le début, je suis surpris par la qualité de l'organisation, malgré la foule tout reste très accessible. Le départ s'approche, la foule s'intensifie, l'ambiance commence à monter, le moment est magique.

Quelques 30 000 fêlés blottis dans leur sac jaune et un ballon blanc à hélium à la main vont dans quelques minutes se lancer de plein gré pour suivre une ligne bleue pendant 42,198 km portés par une foule d'un million de spectateurs… dans le bloc E au milieu de la foule, je réalise à cet instant que la folie douce nécessite quand même une bonne logistique.

Crack ! Le coup d'envoi est donné, 40 000 ballons s'envolent et le flot de coureur peut entamer son avancée. J'attends une petite minute avant de passer la ligne de départ, petit clic sur ma montre et c'est parti !

Le premier kilomètre est plutôt lent compte tenu de la densité de la foule, une bonne occasion pour prendre conscience de l'ambiance qui règne dans le peloton comme du côté des spectateurs. Je ne connais pas Berlin et je n'ai jamais couru de marathon, tout est nouveau et autant dire que j'en prends plein les yeux !

Je prends mes marques tranquillement malgré un flux dont je n'ai pas du tout l'habitude. Première erreur au 5ième km et le premier ravitaillement où devant la bousculade je ne prends qu'une gorgée, que j'avale trop rapidement.

J'ai trouvé un rythme sympa juste en dessous de mon rythme de Semi, confirmant ainsi que je suis complètement fêlé. Par contre, j'enchaine les ravitaillements mal gérés, chose que je ne fais pas d'habitude… Kecily vient à mes côtés vers le 8ième, c'est super sympa, malheureusement elle n'a pas d'eau. Ce dimanche, Kecily court le " underground-marathon " sorte de marathon off qui regroupe les accompagnateurs !

Au 12ième j'arrive à mieux gérer mon ravitaillement, il m'aura fallu trois tentatives pour récupérer un gobelet et boire vraiment quelques gorgées, il va falloir que j'envisage de m'entrainer pour ça aussi ^_^ Tout autour de moi, c'est la même folie dans les rues de Berlin ! L'architecture un peu folle de cette ville en pleine recomposition apporte une touche irréelle au parcours.

marathon de berlin Au 15ième je joue au coureur pro en retrouvant pConvert, mine de rien c'est un petit exploit de l'avoir débusquer parmi cette foule. Il a l'air frais comme un gardon, impossible de ne pas me dire qu'il vient tout droit de la planète RAMI (Récupération - Accélération - Motivation- Intensité). Je le perds au 16ième à nouveau à cause d'un ravitaillement que je gère à la " vas y que je m'asperge au lieu de boire ".

Au 21ième, l'homme en rouge de la planète RAMI me double, je ne le reverrai qu'après l'arrivée. Je passe le Semi en 1h30 si c'est un peu moins rapide que mon temps sur la distance, au début de mon premier marathon c'est du grand n'importe quoi.

Jusqu'au 25-28ième kilomètre, je continue ma course folle. Heureusement je réalise que ma moitié prend fin et que je m'aventure maintenant dans une distance totalement inconnue, n'ayant jamais couru plus de 25km à la suite. Je vais à ce moment là changer de rythme. C'est une découverte, je n'ai aucune raison valable de gâchée la fête en me faisant souffrir inutilement.

Au 30ième je recroise Kecily qui quitte le trottoir pour courir à mes côtés. C'est super sympa surtout quand je commence à flancher. Elle semble très surprise par mon changement de rythme. Comment expliquer simplement que 30kilomètres ça fait une petite trotte ? J'ai un gros soucis d'hydratation, ma gorge est désespérément sèche. J'ai soif… j'ai soif ! Je perds Kecily au passage du ravitaillement. En fait, elle a redémarré un peu vite et je ne cherche pas à la rattraper.

Au 36ième kilomètre, je n'ai plus aucune énergie, je suis déshydraté, je n'ai plus le courage de courir. Je me dis, l'espace d'un instant, je me suis bien amusé et ce n'est pas si grave de m'arrêter après tout… mais c'est sans compter le public, les orchestres, l'ambiance un peu folle qui émerge de la course. Quand mon corps a abandonné, c'est ma tête qui prend les reines, la motivation renait. Ce n'est pas un mur que je rencontre, c'est ma volonté qui s'éveille. Je vais courir lentement, peut-être même très doucement mais je vais continuer et profiter de chaque instant, de chaque coin de rues, de chaque geste de soutient du public. Je découvre une toute autre course, je suis mort de fatigue et pourtant je jubile, je profite encore plus du public, du parcours.

Aux deux derniers ravitaillements, au 38ième et 40ième, je marche un peu pour prendre le temps de boire et de manger… c'est bien sûr un peu tard mais psychologiquement cela me fait beaucoup de bien. J'ai oublié mes jambes, ma tête me guide, me raconte des histoires incroyables où tout le monde est beau, tout le monde est gentil et où les ingénieurs se sont gourés dans les mesures des derniers kilomètres du parcours qui sont plus longs que prévus, mais c'est pas grave.

marathon de berlin Au 41ième, Kecily surgit à mes côtes. Nous allons passés ensembles la porte de BrandeBourg ! Super récompense alors que j'essaye de puiser dans mes dernières forces pour continuer à avancer. Enfin j'aperçois le mot magique " ZIEL ", l'arrivée, je trouve alors l'énergie de simuler une arrivée victorieuse à grand renfort de gestes pour répondre au public, j'y suis arrivé ! Je suis bon à ramasser à la petite cuillère mais je passe la ligne.

Kecily a pu, je ne sais pas trop comment, passer la ligne et m'accompagner après l'arrivée. Elle m'apporte du thé, des tranches de pommes, des bananes… petit à petit je retrouve des couleurs, la parole un peu plus tard, je vais mieux.

Et là, alors que je marche doucement au milieu des autres participants, je réalise que je viens de passer un moment unique, un instant magique : le bonheur simple d'avoir passer la ligne d'arrivée après avoir tout donné.


Après l'arrivée :

Bravo aux organisateurs, aux très nombreux bénévoles et au public pour ce beau Marathon ! Pour un premier marathon, j'ai beaucoup apprécié la qualité de l'organisation. Ça a été très rassurant et très réconfortant avant et après la course. Si j'ai fini, je le dois beaucoup au cadre très favorable (météo, parcours jolie et plat, ambiance, organisation,…) . La 32ième édition du Marathon de Berlin était un bon cru pour les petits nouveaux.

J'ai couru en 3:22:56 avec un premier semi à un rythme soutenu (1:30:36) et un second semi en endurance douce (1:52:20). N'ayant aucun repère sur une distance de cette importance, je n'ai pas su du tout gérer ma course comme le montre la différence entre mes deux semis. Mais bizarrement avoir couru d'abord avec mes jambes et ensuite avec ma tête a été une expérience très enrichissante. En ralentissant de façon progressive mais très importante, j'ai pu finir sans me blesser ou me dégouter. Je commence à mesurer l'entrainement et le travail qui me seront nécessaires pour espérer mieux gérer cette distance.

J'ai retrouvé la petite équipe CLMs sous les arbres du Tiergarten pour une petite pause photo avec les corsaires avant un bon bain chaud !

La soirée se poursuit avec un diner en amoureux avec ma douce & tendre. Depuis l'arrivée, je me déplace comme un papi en boitillant mais je suis ravi et très fier de mes courbatures.