J'ai essayé d'atténuer ce que j'ai interprété comme des courbatures en faisant quotidiennement un peu de vélo. Mais le vendredi suivant (24) ma cuisse gauche était toujours douloureuse.

Malgré ces mise en garde de fatigue, je n'ai pas pu résister à la tentation de participer à la course de l'EPO [NDLR : European Patent Office] (PatentRun, 6km dans le Eisenburgerbos). J'ai sans doute des chances de gagner et même si l'enjeu est faible, tous mes collègues comptent sur moi.

Je décide de m'échauffer prudemment avant le départ. La température étant de 33°C, un bref footing de 15 minutes devrait suffir. Mais après à peine 500m, je trébuche, me rattrappe lourdement sur la jambe droite et ressent une douleur violente et très localisée derrière la cuisse. Un point très douloureux m'oblige à m'arrêter, je ne peux plus contracter l'ischio droit, je redoute une petite déchirure. L'inquiétude d'une blessure sévère me fait monter les larmes aux yeux. Mon orgueil est aussi mis à rude épreuve, car pas plus que les autres, je ne suis à l'abri d'une blessure.

Je rentre en boîtant aux vestiaires les pensées se bousculent dans mon esprit : c'est Kristof qui, une fois de plus, avait raison; il me conseillerait de ne pas courir; mais je vais décevoir tous ceux qui comptent sur moi aujourd'hui ; est-ce que je pourrais quand même pas particper à cette course ? et si je suis blessée sérieusement, combien de temps devrai-je rester sans activité sportive ? la perspective d'un repos forcé m'angoisse et me conforte définitevement dans la décision de ne pas participer à cette course : je ne vais pas mettre ma santé en danger pour une course, c'est ridicule, ce n'est pour ça que je cours.

Je me console de mon abandon en encourageant les autres, sûre d'avoir pris la bonne décision.

Le lendemain matin, c'est avec une petite appréhension que je pose le pied par terre et fais le premier pas. Bonne nouvelle : je ne ressens aucune douleur vive, cette histoire se résumera à plus de peur que de mal. Mais quelle leçon ! Cette mésaventure m'aura finalement permis, d'une part, de ne pas participer à une course qui aurait été intense et exigeante, et d'autre part, de réaliser que je suis vulnérable et que l'équilibre entre courses, entraînement et bonne santé est fragile.